Les éditos de l'équipe dirigeante

Unis dans le combat contre le terrorisme

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Unis dans le combat contre le terrorisme

L'assassinat d'Hervé Gourdel est un acte lâche et barbare qui ne doit pas demeurer impuni. C'est l'ensemble de la communauté nationale qui ressent ce deuil avec une très grande émotion. Notre détermination à lutter sans faille contre Daech en sort plus que jamais renforcée. Je souhaite que le gouvernement mobilise tous les moyens en sa possession pour parvenir à assurer la sécurité de nos compatriotes résidant à l'étranger.

Cet été, nous avions considéré que la France n'était pas assez en initiative sur la question irakienne, particulièrement dans la défense des chrétiens d'Orient. C'est la raison pour laquelle, Alain Juppé, François Fillon et moi-même avions lancé un appel à agir au président de la République. Je me félicite que cet appel ait été entendu.

Je rappelle que la France n'a aucune responsabilité dans la situation actuelle puisque, grâce à la vision et la sagesse de Jacques Chirac, elle n'a pas pris part à la folle aventure irakienne de 2003. Lorsque Georges Bush avait prononcé ses terribles paroles « the game is over » pour annoncer le début des opérations, j'avais répliqué : « it's not a game and it's not over ». Le chaos actuel prouve que je ne m'étais pas trompé.

Mais, rechercher indéfiniment les responsabilités et en prendre prétexte pour justifier l'inaction serait incompréhensible. C'est la survie de l'Irak en tant que nation qui est en jeu ainsi que la stabilité de la région entière. C'est notre sécurité, Français et Européens, qui est menacée. Face à une nébuleuse terroriste, l'option diplomatique n'est malheureusement pas de mise, seule l'option militaire est pertinente. Je soutiens donc la décision du président de la République de procéder à des frappes aériennes pour neutraliser Daech.

Pour autant, les conditions d'une intervention doivent être bien pesées et précisées. Notre tradition diplomatique, à laquelle je suis très attaché, c'est que la France intervienne sous mandat des Nations-Unies. Nul ne peut être satisfait du blocage persistant du Conseil de sécurité qui nous ramène aux heures sombres de la Guerre Froide.

Nous pouvons, à la limite, concevoir une opération militaire, sans autorisation expresse du Conseil de sécurité si l'Etat agressé fait appel à nous. Cela peut donner un cadre légal à une intervention en Irak. Mais qu'en est-il de la Syrie ? Je comprends les hésitations des autorités françaises sur cette question. Bien évidemment, frapper Daech en Irak et pas en Syrie n'a pas de sens d'un point de vue militaire, opérationnel. Néanmoins, en l'absence de dialogue avec les autorités syriennes, qui ne sont pas plus légitimes aujourd'hui qu'hier, la question de la légalité de frappes en Syrie se pose. Méfions-nous du précédent que cela pourrait constituer dans d'autres parties du monde.

Nous souhaitons une coalition la plus large possible pour combattre Daech. Ne tombons pas dans le piège du conflit des civilisations. Il ne s'agit pas d'une guerre entre civilisations mais d'une guerre pour la Civilisation, contre les nouveaux barbares. Ne perdons pas de vue le côté crapuleux de Daech dont les membres loin de défendre un idéal, une religion, une civilisation cherchent avant tout à s'enrichir personnellement par le crime et divers trafics. Je me félicite ainsi que 10 pays arabes se montrent favorables à l'intervention et que l'Iran soit associé, même indirectement, au processus.

En effet, je considère qu'une victoire militaire n'est rien sans processus politique concomitant. Il faut d'ores et déjà se plonger dans l'après-conflit En Irak, nous sommes face à un Etat quasiment failli. Certes le départ de Nouri Al Maliki et son remplacement par Haïder al Abadi est une excellente nouvelle. Mais tout est à refaire : reconstruire un consensus national, sortir du communautarisme exacerbé, assurer la sécurité, remettre un Etat en ordre de marche... Toutes les puissances de la région devront être associées au processus de sortie de crise.

Enfin, je déplore qu'une nouvelle fois l'Europe soit absente d'une grande crise internationale. Dans la vision gaullienne qui est la mienne en politique étrangère, l'Europe doit être un démultiplicateur de puissance pour la France. Aujourd'hui, l'absence de l'Europe ramène notre « cher et vieux pays » à une alliance inégale avec les Etats-Unis. Pour y remédier, la refondation du couple franco-allemand, si uni dans l'affaire irakienne en 2003, est un impératif !

Jean-Pierre Raffarin

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