François Fillon, ancien ministre, sénateur de la Sarthe, conseiller politique
Convention Education : le devoir de réussite
Mercredi 22 février 2006
Maison de la Chimie - Paris
Mesdames et Messieurs,
Nous voilà presque parvenu au terme de cette convention de l’UMP sur l’école dont je voudrais remercier tous les organisateurs et tout particulièrement Jean Pierre Giran et Pierre André Périssol.
Après la culture, l’Europe, l’économie, la question sociale, les services publics, l’immigration, l’écologie, les injustices et avant les institutions, la place des femmes dans la société, la défense, le sport, l’UMP débat en toute transparence des grands enjeux de l’action politique et prépare les échéances capitales de 2007.
Pour nous la question de l’école est au centre de tous les débats.
Elle au centre du débat sur la croissance et l’emploi.
Elle au centre du débat sur la cohésion sociale.
Elle est au centre du débat sur l’intégration.
Elle est au centre du débat sur le sens de notre projet politique.
Dans le défilé des ex…, je suis le dernier !
Je tire de cette journée qui a vu s’exprimer 4 ministres de l’Education ayant exercé leur fonction dans la même législature, qui n’est d’ailleurs pas achevée, une première conviction :
L’école a besoin d’autorité.
Cette autorité passe par la continuité de l’action gouvernementale !
Il y a tout juste un an, je présentais mon projet de loi pour l’avenir de l’Ecole. Malgré l'opposition des syndicats, malgré la mobilisation des lycéens, j'ai avancé sans céder. Ce projet fut adopté par les deux assemblées après un débat passionnant et passionné et est devenu, après quelques péripéties, la loi de l’Etat le 23 avril 2005.
Je tire de cette expérience trois enseignements :
- le premier, c'est que le consensus est quasiment impossible à obtenir sur les questions éducatives tant les intérêts sont divergents, notamment chez les protagonistes institutionnels ;
- le second enseignement, c'est qu'il existe, sur le terrain, beaucoup d'acteurs qui sont, en revanche, conscients que le statu quo n'est pas la solution. C'est avec eux qu'on peut faire "bouger" les choses, mais cependant deux conditions doivent être respectées pour les convaincre de vous suivre :
1) que la réforme ne donne pas le sentiment d'être dominée par le seul paramètre économique. C'est pourquoi il faut s'appuyer sur une programmation des moyens financiers et humains ;
2) que le courage politique ne fasse pas défaut au milieu du guet. Toutes celles et tous ceux qui s'engagent pour faire évoluer l'école doivent avoir l'assurance de ne pas être abandonnés en rase campagne ;
3) le troisième enseignement, c'est que le système éducatif n'est pas un système uniforme. Derrière ce prétendu "système", il a des défis qui ne sont pas tous identiques d'un établissement à l'autre, d'un enfant à l'autre. Toute réforme doit prendre en compte cette diversité, en évitant les solutions rigides et binaires.
La loi du 23 avril engage une forte évolution de notre système éducatif. Elle recèle des leviers puissants dont l’efficacité dépendra de la pression qui leur sera appliquée. Cette loi est fondée sur deux objectifs principaux autour desquels l'UMP a raison de continuer à travailler car rien, en la matière, n'est définitivement acquis :
- le 1er objectif, c'est celui de l'excellence.
Notre devoir est de conduire un maximum de jeunes vers des études qualifiantes et si possible longues. La cible des 50% de jeunes poursuivant des études supérieures est absolument nécessaire. Les USA, et le Japon sont à près de soixante pour cent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. La bataille de l’intelligence ne se gagnera pas avec des exigences au rabais ! Ce retard nous est préjudiciable. Il nous porte, de façon indirecte mais impérative, à réfléchir à l'avenir de nos universités car nous sommes là au bord de la faillite éducative ;
- le 2ème objectif est celui de l'égalité des chances.
Pour cela, toutes les initiatives et idées sont bonnes à prendre... Mais il y a un point fondamental sur lequel j'attire votre attention : tant que nous ne sortirons pas d'une logique qui consiste à penser que tous les savoirs doivent être assimilés et que tous les enfants sont les mêmes, eh bien l'inégalité des chances s'accentuera. Je le dis sans animosité mais avec conviction : le système éducatif donne parfois l'impression d'avoir été conçu pour les enfants des enseignants et des classes supérieures. Cette forme d'élitisme constitue un véritable barrage pour tous ceux qui n'ont pas la chance d'être né entre une bibliothèque et un journal quotidien.
Pour assurer l'égalité des chances, deux mesures structurantes sont nécessaires :
A) il faut fixer des priorités éducatives. C'est l'objet du socle commun des connaissances et des compétences fondamentales dont le contenu doit être concentré mais exigeant, et dont la maîtrise par tous les élèves doivent être régulièrement évaluée. Evaluée notamment à l'entrée du collège et à sa sortie dans le cadre du nouveau brevet national que j’ai remis en place.
Parmi les priorités éducatives, il en est de naturelles : lire, écrire, compter. Croyez-moi, c'est une base qui n'est malheureusement pas assurée à tous les enfants ! Une autre priorité est désormais incontestable et nous avons mis l'accent dessus : c'est celle de l'apprentissage des langues étrangères car notre pays est, dans ce domaine, très mal placé.
Cette idée de socle est, à mes yeux, centrale, mais c'est une question sensible autour de laquelle s'affrontent toutes les disciplines. Il ne faut pas céder, et, pour cela, il est bon que le gouvernement et la représentation nationale se prononcent de façon régulière sur les travaux du Haut Conseil de l’Education. Les priorités de l'Ecole ne sont pas qu'une affaire de spécialistes, c'est aussi une affaire qui intéresse toute la nation.
B) au service de l'égalité des chances, la seconde mesure structurante à mettre en place, c'est celle du soutien individualisé pour chaque élève qui décroche. C'est l'objet du programme personnalisé de réussite éducative qui sera mis en œuvre à partir de la rentrée 2006, et qui devra systématiquement être proposé en cas de redoublement. Il ne faut pas s'y tromper : si nous allons au bout de cette stratégie de soutien individualisé, c'est bien une forme de révolution du système qui sera engagée. Car il va falloir faire du sur-mesure, ce qui passe, dans chaque établissement, par de nouveaux types de fonctionnement et de pratiques… Ce sera un pari difficile à relever pour la communauté enseignante. Nous devrons l'épauler, lui faire confiance, mais aussi mobiliser et associer les parents d'élèves.
Mesdames et messieurs,
Viser l'excellence et viser l'égalité des chances, c'est, par la force des choses, entrer dans les rouages du service public de l'Education nationale.
Dans cet esprit, il faut tendre vers trois objectifs :
A) Le premier objectif doit consister à alléger la hiérarchie du système afin de responsabiliser et motiver le terrain. La loi fait des avancées en la matière mais il faudra sans doute les affiner et les enrichir.
Dans cet esprit, le conseil pédagogique devrait être mis en place à la rentrée 2006. Les projets d’établissement des collèges et des lycées comporteront dorénavant de véritables contrats d’objectifs. Ils pourront servir de cadre à des expérimentations d'une durée de cinq ans, qui seront soumises à évaluation.
La loi – c'est une première ! - garantit également aux enseignants la liberté pédagogique. Je me suis battu pour cela car la pédagogie ne peut être la même partout. La pédagogie on la juge à ses résultats et non à ses intentions. Cette liberté, est la meilleure protection contre les excès des idéologies qui ont fait beaucoup de dégâts dans notre système éducatif. La liberté pédagogique, c'est aussi redonner la responsabilité aux enseignants de se prononcer sur les redoublements avec, bien évidemment, un droit d’appel pour les parents. L'une des contreparties de cette liberté pédagogique, c'est celle de la continuité pédagogique. Le service public de l'éducation doit être exemplaire et c'est pourquoi j'ai fais de la question du remplacement des enseignements absents un point non négociable. Les syndicats étaient « vent debout »… Cela ne m’a pas impressionné car je n’accepte pas l’idée de voir un enfant sans professeur et le plus souvent livré à lui-même. Après quelques hésitations, je crois savoir que le gouvernement s'est progressivement engagé sur cette voie… Je suis d’un naturel optimiste mais je ne crois pas que la base du volontariat puisse permettre de réussir cette réforme.
B) le second objectif, c'est celui de la formation des maîtres. Cette formation n’est pas aujourd'hui satisfaisante. Il existe de très bons IUFM comme de très mauvais. En tout hypothèse, il n'existe pas de cohérence nationale quant à leur organisation et leurs pratiques. Cela n'est pas normal. Voilà pourquoi leur fusion/absorption au sein des universités – comme cela se fait chez la plupart de nos voisins européens – a été décidée. Reste à mettre cette mesure en place, ce qui ne se fera pas sans grincements de dents… Au delà, c'est tout le contenu de la formation des maîtres qui doit être repensée en fonction d'une pratique professorale dont il faut restaurer intelligemment l'autorité, le soutien et l'évaluation.
C) le troisième objectif pour améliorer le service public de l'éducation nous renvoie à la question des valeurs. Ce mot de "valeurs " ne doit pas nous faire peur. Mérite, autorité, laïcité, égalité, fraternité : ces principes et ces usages, il est du devoir de l’Ecole de les faire partager et de les faire respecter.
La citoyenneté, cela commence chez l’élève par un comportement responsable, respectueux de soi, d’autrui et des règles de la vie commune. C’est dans cet esprit que j'ai mis en place la note de vie scolaire qui devrait être instaurée à la rentrée 2006.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi enfin, une dernière réflexion que je voudrais consacrer aux enseignants.
Beaucoup font admirablement leur métier, parfois dans des conditions difficiles. Rien ne pourra se faire sans eux et encore moins contre eux.
Sans se laisser intimider par des crispations prévisibles autour de la défense d’intérêts corporatistes ou des prises de position idéologiques, il faudra engager une négociation sur tous les aspects du métier de professeur.
Il faudra aborder toutes les questions, sans en occulter aucune : les missions et l’identité professionnelle, le service, l’inspection, la reconnaissance de la valeur professionnelle, la sanction des insuffisances, les règles qui régissent l’affectation, la gestion des ressources humaines et bien sûr le recrutement, la formation initiale et la formation continue. Dans tous ces domaines, des avancées devront être proposées. Elles sont attendues par une grande majorité de professeurs qui ont besoin de nouveaux repères.
C’est là une tâche difficile, mais elle n’en est pas moins devenue indispensable. Pour aboutir, elle supposera courage, persévérance, capacité de négociation et vision de l’avenir.
En relation avec cette démarche, il faudra également faire évoluer de façon cohérente les fonctions de direction d’établissement et d’inspection.
Il faudra encore faire progresser la marge d’initiative et de responsabilité qui est laissée aux écoles et aux établissements scolaires du second degré. Il est temps de sortir d’une situation qui prévaut depuis trop longtemps où l’on proclame le principe de « l’autonomie » des établissements tout en ne leur laissant dans les faits que des marges de liberté extrêmement réduites. Tenir en même temps le discours du devoir d’autonomie et celui d’une norme nationale qui s’applique à tous les détails, c’est placer les chefs d’établissements et les enseignants dans la situation impossible d’obéir à une injonction paradoxale, c’est paralyser les initiatives et décourager les bonnes volontés. Là encore des arbitrages clairs devront être pris en concertation avec tous les acteurs concernés.
Enfin, il convient, dans le prolongement de la nouvelle gestion du système éducatif qu’induit l’entrée en vigueur de la LOLF, de promouvoir une nouvelle conception du service public de l’Education nationale qui intègre le passage de la quantité à la qualité, qui accepte le critère de l’efficacité et la culture du résultat, qui vise l’optimisation des moyens en fonctions d’objectifs clairement définis, et qui se réconcilie avec une logique de l’évaluation indépendante.
Oh ! Ces objectifs ne sont pas nouveaux ! D’autres les ont déjà évoqués :
Ainsi Jacques Attali prête t il à François Mitterrand cette réflexion sur l’école :
« Il [François Mitterrand] ne réussit pas davantage à imposer une réforme d’importance pour l’Education nationale : Il avait demandé qu’on réduisît le nombre de matière enseignées dans le primaire, qu’on développât les bibliothèques, qu’on améliorât la formation des maîtres, qu’on enseignât les langues étrangères dès la maternelle, qu’on renforçât les enseignement de base, qu’on mît en place une authentique pédagogie de soutien, différenciée… »
Peut être cette référence ne convaincra t elle pas tous les participants à cette convention. Je vais donc vous en proposer une autre, plus ancienne :
Dans les mémoires d’espoir le Général de Gaulle consacre de long développement à l’école qu’il conclut ainsi :
« C’est pourquoi, tout en m’appliquant à mettre en œuvre des palliatifs à la marée qui pourrait submerger l’édifice, j’envisage d’en bâtir un jour un autre tel que tous ceux qui auront à l’habiter ou à l’utiliser : Professeurs, administrateurs, parents d’élèves, prendront part directement à la marche, à la gestion, à l’ordre, aux sanctions et aux résultats d’établissements devenus autonomes et qui devront ou bien fonctionner comme il faut, ou bien fermer leurs portes et cesser de gaspiller le temps des maîtres et des disciples ainsi que l’argent de l’Etat »
La crise de l’école n’est, vous le voyez, pas nouvelle ! Et les regrets des plus hautes autorités de l’Etat à son égard, non plus !
Raison de plus pour agir, pour bousculer les conservatismes, pour assumer nos responsabilités à l’égard de la colonne vertébrale de notre Nation.
Pour relever ce défi qui ne l’a jamais vraiment été, nous sommes nombreux à penser qu’il faut changer radicalement notre manière de gouverner et de nous adresser aux Français.
C’est justement le projet de celui qui va maintenant s’adresser à vous : Nicolas Sarkozy.