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Convention de l'UMP sur la Recherche et l'Enseignement supérieur - 4 octobre 2006

François Fillon - Conseiller politique de l'UMP

 
Convention pour la France d'après
Société de la connaissance :
la nouvelle frontière
Paris – Maison de la Mutualité
mercredi 4 octobre 2006



Permettez-moi de vous livrer un souvenir… Lorsque j'étais Ministre du Travail et des Affaires Sociales, je réunissais fréquemment nos meilleurs économistes pour débattre avec eux. Il ne se passait pas 10 minutes avant que ces personnalités n'évoquent la question de l'éducation et de l'université. Elle est à l'évidence au cœur de tous les enjeux du futur : l'enjeu du plein emploi, l'enjeu de l'adaptabilité professionnelle, l'enjeu de la formation tout au long de la vie, l'enjeu de l'innovation scientifique et technologique. Bref, le sort que nous entendons réserver à cette question est stratégique.

C'est pourquoi, l'UMP fera de l'enseignement supérieur l'un des thèmes majeurs de son projet car il est au croisement de trois de nos objectifs : 1) amener le taux de chômage autour des 5% en misant notamment sur la formation; 2) hisser le niveau de qualification de nos jeunes afin d'élever le seuil de notre compétitivité; 3) libérer les classes moyennes de ce terrible sentiment de fatalité qui conduit à croire que leurs enfants, malgré des études plus longues, ne peuvent aller plus haut que les parents.

Ces trois objectifs nous imposent de créer les conditions d'une université plus attractive, plus efficace dans son fonctionnement, plus exigeante dans ses résultats.



Mesdames et messieurs,

Longtemps la gauche a prétendu que le dossier universitaire relevait de son pré-carré. Elle le traita avec un mélange d'idéologie, de conformisme et de clientélisme. Après quelques tentatives infructueuses dont la dernière en date fut celle de Luc Ferry, la droite, pour sa part, a renoncé à aborder franchement le sujet. J'ai moi-même refusé de m'y atteler car c'est la loi sur l'Ecole qui monopolisa toute mon énergie. Bref, coincée entre une gauche sans idées et une droite timorée, l'université française est sortie du débat public, devenant alors une sorte de vaisseau sans pilote, prenant l'eau de toute part.

Je vous propose aujourd'hui de faire notre enseignement supérieur un vrai et beau sujet politique. Je vous propose d'en faire un enjeu national en nous fixant pour cap d'amener, en cinq ans, 50% des jeunes vers des études supérieures, alors qu'ils ne sont que 37% aujourd'hui contre 64% aux Etats Unis et 51% en moyenne dans les pays de l'OCDE. Pour tout dire, faisons de la société de l'intelligence l'une des grandes causes de l'UMP.

N'hésitons pas à bousculer la gauche sur ce sujet qu'elle croit sien, car elle ne suggère rien d'autre que de continuer comme avant, avec pour seul slogan " plus d'argent public". Comme si l'argent pouvait acheter le silence de tous ceux qui constatent au quotidien que le malaise n'est pas exclusivement budgétaire, mais structurel.




N'hésitons pas à avancer des propositions audacieuses car, sur le terrain, les acteurs sont de plus en plus nombreux à en ressentir le besoin. La majorité des Présidents d'Université sont en attente d'une nouvelle donne et ils ont, dans cet esprit, engagé la réforme des cycles qui sont désormais structurés autour du LMD.

Et puis surtout, n'hésitons pas à bousculer les tabous derrière lesquels se réfugient tous ceux qui ne veulent rien changer en dépit d'une réalité peu reluisante.

Une réalité qui a pour nom l'injustice sociale dans l'accès aux études supérieures puisque seulement 22% d'enfants d'ouvriers et d'employés entrent à l'Université, ce chiffre chutant à 5% au niveau master et doctorat. Une réalité qui a pour nom l'échec scolaire puisque chaque année environ 100.000 jeunes sortent de l'enseignement supérieur sans diplôme. Une réalité qui a pour nom l'inefficacité puisque 60% des étudiants accèdent à leur troisième année avec un ou deux ans de retard. Une réalité qui a pour nom le manque d'attractivité puisque nos facultés n'accueillent que 9% d'élèves étrangers alors que ce chiffre est de 30% aux Etats Unis et de 14% en Grande Bretagne. Une réalité qui a enfin pour nom le décrochage puisque dans le palmarès des cents meilleures universités mondiales, Paris VI n'arrivent qu'en 45ème position. Quelques observateurs ont critiqué ce classement au motif que les critères retenus étaient discutables… Comme d'habitude, certains dans notre pays préfèrent casser le thermomètre plutôt que d'engager une thérapie.



Et pourtant, le diagnostic est sans ambiguïté. Notre système universitaire soufre de trois maux typiquement français, trois mensonges à vrai dire intrinsèquement socialistes : notre système est officiellement égalitaire mais il est secrètement inéquitable, il est publiquement non sélectif mais il est officieusement darwinien, il est ouvertement gratuit mais il court insidieusement à la faillite. Par manque de courage, voilà où nous a conduit l'absence d'orientation clairement assumée, l'absence d'autonomie de gestion clairement exercée, l'absence de vérité vis à vis des jeunes à qui on a si souvent laissé entendre que le droit à l'enseignement supérieur n'impliquait pas des devoirs et une forte motivation personnelle.

Depuis vingt deux ans, nos universités fonctionnent, pour l'essentiel, sur la base de la loi de 1984, la loi Savary. Une loi qui fut élaborée à une époque ou seulement 30% d'une classe d'âge détenait le bac ; une époque où l'université comptait 800.000 étudiants alors qu'ils sont 1,500.000 ; une époque où l'Europe des échanges et la concurrence internationale des savoirs et des sciences en étaient à leurs prémisses ; une époque où l'usage de l'internet n'avait pas encore bouleversé notre rapport à la culture. Depuis 22 ans, nos universités fonctionnent sur le même mode ! 22 ans de statu quo ! 22 ans à devoir courir derrière les mutations contemporaines au lieu de les anticiper pour mieux les maîtriser !

A force d'immobilisme, l'université française est maintenant dans une situation d'urgence.




Pour la traiter sérieusement, il convient à la fois de voir large et d'agir précisément.

Voir large, c'est avoir en tête que la modernisation de notre système universitaire va de pair avec l'amélioration de notre système éducatif. Si l'Ecole, le collège et le lycée ne revoient pas certains de leurs objectifs et méthodes, alors l'université ne peut, en aval, se métamorphoser. Notre système éducatif doit assurer la transmission d'un socle de connaissances indispensables, incontournables. Car cela n'est pas, par exemple, à l'Université d'apprendre aux étudiants à ne pas faire dix fautes d'orthographes par page. Notre système éducatif doit aussi être en capacité de faire du sur-mesure afin de mieux cerner les aptitudes et mieux orienter les choix des futurs étudiants. Car cela ne doit plus être le rôle exclusif de l'Université que d'expliquer à un jeune qui a redoublé deux fois sa première année qu'il a choisi une mauvaise trajectoire. Tout ceci pour vous dire que l'université de demain ne peut être bâtie sur l'Ecole d'hier. L'un va avec l'autre.

Il faut voir les choses de leur ensemble, mais aussi, je l'ai dit, de façon précise. Le malaise de notre enseignement supérieur n'est pas global. Il y a des facultés qui fonctionnent bien, dont par exemple celles de médecine. Il y a des grandes Ecoles dont les succès doivent nous réjouir. Il y a, au niveau du doctorat, peu d'échecs flagrants. En réalité, l'essentiel du problème se pose assez largement sur le premier cycle et pour certaines disciplines dont les sciences humaines et sociales, là où les débouchés professionnels sont très étroits. Un exemple me vient en tête : à l'université de Paris VIII, 900 jeunes poursuivent des études sur le cinéma, alors même que les professions liées à l'image ne peuvent en recruter qu'à peine 5 à 10%.

Mesdames et messieurs,

Que faire pour transformer l'Université française ? Comment conjuguer l'objectif nécessaire de la démocratisation de l'enseignement supérieur et l'objectif tout aussi central de l'excellence, autant dire comment être républicain et élitiste pour tous ?

Pour cela, il faut un regard neuf, il faut du courage, mais il faut savoir aussi que nous ne partons pas de rien. La récente loi de programme pour la recherche pose les bases d'une évolution possible. La création des pôles de recherche et d'enseignement supérieur, la mise en place des fondations de coopération scientifique et surtout la nouvelle Agence de l'évaluation, constituent un socle sur lequel il est possible de bâtir une nouvelle université française. La continuité devra, selon moi, être de mise pour ce qui est du volet recherche, mais un changement de cap sera nécessaire pour le volet universitaire.

Ce changement devra s'exercer dans six domaines, intimement liés : celui de la gouvernance des universités, celui de leur autonomie, notamment financière, celui du statut des personnels, celui de l'orientation des étudiants, celui de la professionnalisation, et enfin celui de la rationalisation de l'offre universitaire.


Concernant la question de la gouvernance des universités, le mode actuel - qui à ma connaissance n'existe dans aucun autre pays ! - n'est plus adapté. Fondé sur un louable souci de "démocratie", il aboutit à une paralysie des instances dirigeantes, conduit à une difficulté à attirer les meilleurs éléments en son sein, débouche sur une gestion sans perspectives et sans leadership réellement assumé.

Au regard de ce constat, je suggère de créer un nouveau régime juridique pour les établissements universitaires. Parce que chacun de ces établissements à son histoire et ses propres problématiques, chaque université aurait la possibilité de conserver son statut actuel ou d'évoluer vers ce nouveau statut. Celui-ci permettrait une refonte complète du mode de gouvernance fondée sur l'élection d'équipes présidentielles autour d'un projet pour l'université, une organisation nouvelle des pouvoirs ( notamment entre le Président élu qui pourrait être une personnalité extérieure et le conseil des doyens )…

La question de l'autonomie financière va naturellement de pair avec cette nouvelle gouvernance. En la matière, il y a déjà eu quelques évolutions positives depuis 2002 : c'est le cas pour le contrôle financier qui s'exerce a posteriori et pour le budget qui n'est pas soumis à l'approbation de l'autorité de tutelle. Dans le cadre d'un nouveau régime juridique, je propose d'aller plus loin en transférant aux universités la pleine propriété de leurs biens immobiliers. Je suggère aussi que ces universités disposent d'un budget global qu'elles seraient libres d'utiliser selon leurs objectifs dans le cadre d'un contrat défini avec l'Etat et dont les résultats seraient soumis à évaluation. Je propose enfin que ces universités puissent bénéficier de dons défiscalisables qu'ils émanent des entreprises ou des particuliers.

A l'évidence, c'est dans le cadre de cette responsabilité de gestion accrue que le problème des droits de scolarité devra être franchement posé. Le montant de ces droits a augmenté dans la plupart des pays européens alors qu'il demeure particulièrement faible chez nous, autour de 150 à 300 euros. Il est temps de comprendre que l'université pour tous à une contrepartie. Et cette contrepartie est notamment financière.

Ce sujet ne doit plus être tabou. Il est tout de même stupéfiant de voir que personne ne s'offusque à l'idée de payer davantage pour son téléphone portable, son ordinateur portable ou l'achat de DVD, mais que chacun semble s'inquiéter à l'idée de payer un peu plus pour ses études supérieures ! Soyons clairs : il est normal que l'Etat et la collectivité financent l'essentiel du coût de l'enseignement supérieur car l'éducation est une affaire nationale. Mais pour autant, il est nécessaire et tout aussi citoyen, de contribuer de façon plus significative au fonctionnement de son université. Cette évolution des droits d'inscription devra être équitable, ce qui signifie que le système de bourses doit être entièrement refondu et qu'un dispositif de cautionnement des prêts étudiants doit être assuré par une Agence de l'Etat. Sur ces sujets, les recommandations du rapport de Laurent Wauquiez sont intéressantes.

Dois-je préciser que cette contribution des usagers ne doit pas être à sens unique : l'université doit, en retour, se montrer à la hauteur des attentes des étudiants, et l'Etat devra, lui aussi, mettre la main à la poche. La France ne consacre que 1,1% de son PIB à l'enseignement supérieur contre 1,5% en moyenne dans les pays de l'OCDE. Nous sommes le seul pays où le coût annuel d'un étudiant pour la collectivité nationale est inférieur à celui d'un lycéen. Cette situation ne peut demeurer en l'état. Il faut une programmation financière marquant un relèvement de notre investissement en matière d'enseignement supérieur, ce redressement devant mobiliser l'Etat, mais aussi les collectivités territoriales et les partenaires privés.

L'un des changements que j'ai évoqué concerne le statut des personnels. Sur cette question, il est temps d'introduire un peu plus de responsabilité et de fluidité. Il doit être possible que le Président d'une université puisse recruter plus librement les enseignants et chercheurs qui répondent aux critères et aux stratégies de l'établissement. Comme il doit également lui être possible de gérer tout ou partie de ses personnels administratifs et techniques.

Au cœur du malaise universitaire, il y a, mesdames et messieurs, la question fondamentale de l'orientation. On en parle depuis des décennies alors même que la situation dérapait dangereusement pour des centaines de milliers de jeunes qui ont été, et qui sont encore, envoyés au casse-pipe. Dans certains cas, les choses sont rocambolesques. Je pense, par exemple, aux IUT qui accueillent majoritairement des titulaires d'un bac général, les titulaires d'un bac technologique ne représentant que 30% des effectifs alors que ces filières leurs sont normalement destinées. Il est temps de recentrer les IUT sur leur mission originelle.

Il faut mettre en place un système d'orientation solide. Il doit, selon moi, reposer sur trois piliers :

Premier pilier : une information totalement transparente sur les débouchés des différentes filières doit être assurée, ce qui exige une évaluation précise et sans compromis ;

Second pilier : une obligation des lycées d'orienter les futurs bacheliers vers les filières universitaires adéquates doit être prévue. Il existe environs 5000 conseillers d'orientation. Certains prétendent que ce chiffre est faible. Il ne l'est que dans la mesure où tout repose sur eux alors que c'est toute la communauté éducative qui doit être motivée autour de cette mission d'information et de présélection ;

Troisième pilier : une orientation plus contraignante doit s'exercer à l'entrée de l'université. Dans cette perspective, on pourrait imaginer un système ou tout bachelier aurait naturellement le droit de s'inscrire dans une université mais sous certaines conditions. L'élève de terminale devra déclarer, dès le deuxième trimestre, ses vœux universitaires. En retour, il obtiendra un bilan de compétences conçu comme une base pour son orientation.

Cette stratégie d'orientation poussée doit être enrichie par le développement des formations professionalisantes au sein des universités. Des choses intéressantes ont déjà été réalisées en la matière, comme les licences professionnelles. Il faut aller au bout de cette logique de partenariat qui doit lier les universités et le monde économique. En la matière, il faut arrêter de jouer avec les clivages et les postures idéologiques totalement dépassées ! L'université n'est pas un univers clos, elle est dans la Cité et au service de la Cité. Elle doit donc être au cœur de son développement économique. Dans cet esprit, il faut notamment donner un coup d'accélérateur à l'alternance et à l'apprentissage qui doivent pouvoir trouver au sein de nos établissements supérieurs une véritable place.

Enfin, je clos mon propos en insistant sur la nécessaire rationalisation de la carte scolaire. De mémoire, j'ai le souvenir qu'une vingtaine de sites compte moins de cent étudiants dans leurs murs, et, à contrario, il existe des lieux où les établissements se livrent une concurrence farouche, et, au surplus, sur des filières comparables. Il faut qu'au niveau de chaque académie, il y ait un souci de cohérence et d'harmonisation.

Voilà, mesdames et messieurs, quelques pistes pour relancer l'université française.

Il y a urgence.

Soyez-en sûr, il n'y a rien à attendre de la gauche en la matière car elle ne considère pas la question universitaire comme un enjeu national mais un petit vivier électoral. C'est donc à nous de prendre les choses en mains. Je vous propose de le faire avec audace, hauteur de vue, mais aussi avec affection car l'université française a besoin de sentir que notre résolution est l'expression de notre confiance en elle.

 

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