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Discours
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En ressuscitant le rêve méditerranéen, nous ressusciterons le rêve européen

Nicolas SARKOZY
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Madrid – Mardi 27 février 2007




Seul le prononcé fait foi



Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de cette occasion d'échanger avec vous sur des sujets que vous connaissez bien et qui sont à mon sens trop absents du débat politique. Je suis candidat à la présidence de la République. J’estime qu’il est de mon devoir de proposer aux Français aussi un projet de politique étrangère. Je ressens ce devoir avant d’autant plus d’acuité que pour chacun les enjeux nationaux et internationaux sont désormais étroitement liés et que j’ai la ferme conviction que la politique étrangère de la France ne peut plus se concevoir dans le seul secret des chancelleries et des cabinets.

Certains prétendent que les Français ne s'intéressent pas à la politique étrangère ! Rien n'est plus faux. Nos concitoyens portent sur la mondialisation comme sur l'Europe un regard aiguisé. Ils ont, plus que d'autres, une capacité à s'émouvoir, à exprimer leur colère, à vouloir que leur pays agisse face à une catastrophe humaine ou une injustice politique. Nos associations humanitaires, nos soldats, ne sont pas par hasard présents sur tous les fronts à l'étranger. Dois-je enfin rappeler que plus de 2 millions de nos compatriotes vivent à l'étranger, et qu'ils ressentent, parfois douloureusement, les soubresauts du monde ?


En politique étrangère, le consensus, la continuité, la permanence de certains principes, ne doivent pas être des pré-supposés, mais le résultat d'un débat démocratique qui doit lui-même donner lieu à un réexamen constant de nos objectifs et de nos moyens. Dans un monde en changement permanent, où des Etats déclinent et d'autres renaissent, où les sociétés civiles prennent la parole, où des entreprises privées sont parfois plus puissantes que des pays, où des périls transnationaux grandissent, où les nouvelles menaces ne connaissent plus de frontières, on ne peut se contenter d’exprimer les mêmes concepts, les mêmes raisonnements, les mêmes certitudes.

Ces dernières années, j'ai eu de très nombreuses occasions de parcourir le monde. Au cours de tous ces déplacements, j'ai évalué l'influence de mon pays, j'ai mesuré bien des rapports de force, j'ai sondé les espoirs de certains peuples et les désillusions de certains autres, j'ai vu les problèmes tels qu'ils se posent. La perspective d’un nouveau quinquennat est l’opportunité de procéder à un diagnostic de notre politique étrangère, un diagnostic qui peut être l'antichambre de certains changements. Dois-je rappeler que le général de Gaulle lui-même avait refondé la politique étrangère de la France à son arrivée au pouvoir en 1958 ? Et que ce qui parait s’imposer comme un ensemble de principes indépassables fut en son temps le fruit d’une rupture ?

Or plusieurs événements ont fait basculer notre monde dans une autre époque. La chute du mur de Berlin a donné aux peuples européens l’occasion de réunifier le continent, jusqu’à Kiev plus récemment, où j’ai été fier de me rendre juste après la révolution orange. Puis le 11 septembre 2001, qui ne fut pas un détail, nous a fait entrer dans l’ère du terrorisme à grande échelle. L’après-guerre froide est terminée.

Quelles conséquences devons-nous en tirer ? Cela fait trop longtemps que nous n'avons pas réfléchi collectivement à ce qui doit être la colonne vertébrale de notre politique. Ce diagnostic nécessaire n'est pas le prélude à la table rase. D’autant que l’action de Jacques Chirac a été à bien des aspects exemplaire. Mais il doit nous obliger à nous poser certaines questions et à préparer quelques changements nécessaires. Notre politique étrangère doit être guidée par des valeurs réaffirmées, et par des objectifs clairs et hiérarchisés.

J'approuve l'action menée depuis 12 ans par le Président de la République. Dès son élection en 1995, la France, d'abord seule avant d'être rejointe par ses alliés, s'est honorée par son action en Bosnie puis au Kosovo. La paix dans l’ex-Yougoslavie doit beaucoup à Jacques Chirac, qui par la fermeté de ses décisions a rendu leur honneur aux casques bleus de la FORPRONU. Les Français savent aussi qu'ils doivent à la lucidité de Jacques Chirac de ne pas les avoir entraînés dans une entreprise incertaine, celle d'une guerre en Irak qui était une erreur historique et qu'ils ne souhaitaient pas. Nos amis libanais savent également ce qu'ils doivent à sa détermination personnelle. Les Français connaissent son action décisive en matière de changement climatique où la France peut être fière du rôle pionnier qu'elle a joué. Les Français savent aussi que pour Jacques Chirac, défendre les intérêts de la France, c’est aussi défendre notre identité culturelle. Je pense ici à la convention sur la diversité culturelle dont l’entrée en vigueur est un résultat remarquable pour la diplomatie française.

Ce préalable posé, je veux tenter une approche plus doctrinale des affaires internationales. La doctrine ne doit pas empêcher le pragmatisme dans la conduite des affaires. Au Quai d'Orsay, on a parfois l'habitude de dire, en forme de boutade, qu'une politique étrangère dont les objectifs sont obscurs ne peut pas échouer. Je ne me satisfais pas de ce mot d'esprit. Car à travers notre politique étrangère, ce que nous exprimons, c'est notre identité en tant que Nation, c'est-à-dire ce que nous voulons faire dans le monde, le rôle que nous voulons y jouer, les valeurs que nous voulons porter.

Nos diplomates, qui, chaque jour, parfois au péril de leur vie, comme aujourd'hui à Bagdad ou à Beyrouth, défendent les positions et les intérêts français avec un savoir faire et un talent qui font honneur à la République, ne peuvent tenir leur rang en l'absence de clarté politique et de vision stratégique. Bref en l'absence d'une doctrine !

D’abord, l'Europe nous oblige à prendre la juste mesure de nos moyens. Après un demi-siècle de construction européenne, nous sommes suffisamment unis pour qu’aucun de nos Etats ne puisse plus mener une grande action diplomatique autonome, mais pas assez pour agir ensemble et peser significativement sur la scène internationale. Si l’espace est commun, il n’en va pas encore de même de la puissance. Si bien que nous sommes plus souvent spectateurs qu’acteurs, plus volontiers financiers que décideurs, et finalement plus facilement exécutants que maîtres de la manœuvre.

Pour rétablir cet équilibre, il faut que l’Union européenne retrouve un fonctionnement efficace et notamment sa capacité à prendre des décisions. Il nous faut réaliser les réformes institutionnelles les plus urgentes en reprenant les dispositions du traité constitutionnel qui ont fait globalement consensus lors du débat référendaire. J’appelle pour cela à la conclusion d’un traité simplifié. La négociation peut être rapide. Quelles devraient être à mon avis les dispositions à faire figurer en priorité dans le traité simplifié ?

1/ la mise en place d’une Présidence stable du Conseil européen pour donner à l’Europe un visage et une voix et favoriser des actions de plus long terme, avec un meilleur suivi ;
2/ la création d’un Ministre européen des Affaires étrangères ; ainsi, sur la convocation du Président du Conseil européen, ou du Ministre des Affaires étrangères de l’Union, lors de chaque crise internationale, les Européens se parleront entre Européens avant de parler à d’autres. Ils se prononceront sur un projet de position européenne avant de prendre parti sur les suggestions des autres. Ce simple changement de méthode est un renversement copernicien : au lieu de se déterminer par rapport à la politique des autres, les Européens prendront l’habitude de se déterminer par rapport à eux-mêmes, de travailler d’abord à rechercher l’intérêt commun. Le Ministre des Affaires étrangères européen, placé sous le contrôle politique des gouvernements, pourra de même coordonner de manière efficace nos moyens diplomatiques, budgétaires et, le cas échéant, militaires.
3/ l’extension du domaine de la majorité qualifiée, notamment en matière judiciaire et pénale et d'immigration,
4/ l’extension du domaine de la codécision qui augmente le rôle du Parlement européen dont l’accord devient indispensable pour le vote des « lois européennes » ;
5/ les règles relatives aux modalités de la majorité qualifiée, principalement la règle de la double majorité (55% des Etats membres représentant au moins 65% de la population de l’UE) ;
6/ la clause passerelle qui permet aux Etats membres de décider à l’unanimité de faire passer une matière soumise à la règle de l’unanimité sous le régime de la majorité qualifiée ;
7/ le mécanisme d’alerte précoce, qui permet aux parlements nationaux de s’assurer que l’Union n’excède pas son champ de compétences ;
8/ le droit d’initiative citoyenne, qui donne la possibilité à un million de citoyens de demander à la Commission de faire des propositions dans tel ou tel domaine.

Pour l’avenir, j'ai aussi la conviction qu’il nous faut changer la règle de l’unanimité en Europe.
On ne peut pas imposer à un pays ce qu’il ne veut pas. En revanche, je n’accepte pas que celui qui ne veut pas avancer empêche les autres de le faire. C’est une chose d'avoir un Etat qui ne veut pas avancer, c’en est une autre d’accepter que ce pays empêche les 26 autres d’avancer. La seule façon de sauver l’Europe politique, c’est de faire sauter ce verrou. Un pays devrait pouvoir dire non, mais sans que ce "non" handicape les projets des autres. Il n'est pas concevable qu'un seul Etat membre, voire deux, puissent empêcher l'Union d'avancer.

Ce préalable posé, quels doivent être nos objectifs de long terme en matière internationale ? J'en vois trois :

Premier grand objectif : assurer la sécurité de la France et des Français d'abord, de nos amis et alliés ensuite. Assurer la sécurité de la France et des Français est l'objectif premier parce que de lui dépend notre existence en tant que Nation. Pour garantir la protection de nos intérêts vitaux, la dissuasion nucléaire reste un impératif absolu. Elle est l’assurance-vie de la nation, la garantie qu’un autre Etat réfléchira à plusieurs fois avant de s’en prendre, directement ou indirectement, à nos intérêts vitaux, sauf à s’exposer à une sanction immédiate et hors de proportion avec les avantages recherchés. Si je suis élu Président de la République, je garantirai de façon inconditionnelle la crédibilité politique et technique de nos systèmes d’armes, dans le respect du principe de stricte suffisance des moyens déployés. Les programmes de modernisation qui se révèleront nécessaires seront donc poursuivis, et ils seront soumis, comme les autres programmes d’armement, à un examen constant et vigilant de leur coût par rapport à leur efficacité.
C'est la responsabilité du chef de l'Etat d'apprécier, en permanence, la limite de nos intérêts vitaux. En l'occurrence, l'intégrité de notre territoire, la protection de notre population, le libre exercice de notre souveraineté constitueront toujours le cœur de nos intérêts vitaux. Mais ils ne s'y limitent pas.

A première vue, il ne semble plus exister de véritable menace directe et immédiate pour notre survie. Mais en raison même du projet européen et de "l'union sans cesse plus étroite" qu'il construit, la protection de nos intérêts vitaux est désormais intimement liée à la protection des intérêts de sécurité de nos voisins et amis. Au-delà même de l'amitié entre nos peuples, la continuité géographique entre nos pays rend cette solidarité incontournable. La garantie nucléaire peut donc à mon sens s’étendre au-delà de nos frontières et bénéficier à nos voisins européens.
Notre sécurité est liée à celle de l'Europe et à l'Alliance atlantique. Il convient d’aborder ces questions de façon dépassionnée et avec pragmatisme. C'est à l’Alliance atlantique, faut-il le rappeler, que l'Europe doit d'avoir préservé sa liberté face à l'Union soviétique. Ceci nous a permis de construire l'Union européenne d'aujourd'hui. Dans un monde incertain et dangereux, l’Alliance conserve toute sa valeur et sa légitimité : l'ancrage euro-atlantique, des valeurs partagées, l'engagement de défense collective et la force du consensus pour ses décisions sont des références pour tous les alliés.

D’ailleurs, si la France a quitté les structures intégrées de l'OTAN en 1966, elle n'en reste pas moins l’un des membres les plus actifs et l'un de ses principaux contributeurs. Elle s'est engagée fortement dans ses opérations, dans les Balkans et en Afghanistan. Elle est un élément moteur de sa Force de réaction rapide.
Sur les 26 pays de l’OTAN, 21 sont membres de l'Union européenne. Sur les 27 pays de l’Union, 21 sont membres de l’OTAN. Si la France veut vraiment peser sur l'évolution de l’OTAN tout en convaincant les Européens de s'engager résolument dans une défense européenne indépendante, elle devra adapter son discours aux réalités de notre continent. On oppose parfois l'Alliance atlantique à l'Europe de la défense. Cette approche est stérile. Les Européens, comme les Américains, ont besoin des deux. Elles sont complémentaires et non substituables.
Mais nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l'OTAN n'évolue pas, comme sembleraient le souhaiter les Etats-Unis, vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins du militaire, de l'humanitaire et des activités de police internationale. L'OTAN n'a pas vocation à devenir une organisation concurrente de l'ONU.

Mais l’Europe a des intérêts de sécurité qui lui sont propres et sa politique de défense doit aussi être celle de sa géographie, d’autant qu’elle n’est plus au centre des préoccupations stratégiques des Etats-Unis. Le renforcement de la défense européenne doit donc rester une priorité. Les Européens doivent désormais être plus autonomes dans la protection de leurs territoires et de leurs populations, de même que dans la défense de leurs intérêts fondamentaux sur la scène internationale.

Car de nouvelles menaces sont apparues, auxquelles nous devons faire face. Nous sommes entrés dans un monde complexe et incertain, dont les dangers sont nombreux et multiformes. Les nouvelles menaces sont la prolifération des armes de destruction massives, le terrorisme, les Etats défaillants, la mise en danger de nos approvisionnements stratégiques, les catastrophes écologiques, humanitaires ou encore les pandémies.

Dans un tel contexte, il serait imprudent de relâcher notre effort de défense. Si je suis élu Président de la République, je m’engage à maintenir notre effort au moins à son niveau actuel, afin de disposer de forces armées bien entraînées, bien équipées et aptes à assurer la protection de notre territoire, la sécurité des Français et la défense de nos intérêts dans des configurations très variées et s’il le faut loin de nos frontières. Le budget de la Défense ne constituera pas la variable d’ajustement des finances publiques. Consacrer de l’ordre de 2% du PIB à la Défense est à mes yeux un minimum dans un contexte aussi mouvant et imprévisible. C’est le prix de notre indépendance nationale, de nos responsabilités internationales, et de notre sécurité. C’est là un devoir de l’Etat qu’il serait irresponsable d’opposer à d’autres politiques non moins essentielles à la nation comme l’éducation ou la recherche.

La protection de nos intérêts de sécurité rend indispensable d’assurer la sécurité de zones plus éloignées de nous. Et pour essentielle qu’elle soit, la dissuasion n’épuise pas la réflexion sur l’actualisation de notre politique de défense. Conçue pour bien fonctionner dans un jeu de rapports d’Etat à Etat, son impact est faible face à un groupe terroriste ou face à un Etat qui engagerait des moyens conventionnels plutôt que des armes de destruction massive. S'il reste possible d'isoler nos intérêts vitaux, la recherche de l'efficacité dans la protection de ceux-ci exige de prendre en compte l'ensemble des facteurs de déstabilisation de la planète. Nous devons donc être attentifs à la consolidation de nos capacités de projection et de frappe dans la profondeur. Un effort important a été engagé depuis dix ans dans ce domaine. Il devra être conforté dans les années à venir.

Un accent particulier doit également être mis sur la prévention, grâce à une meilleure coordination des activités des services de renseignement, à travers le renforcement des moyens d’acquisition de l’information tant humains (forces spéciales par exemple) que technologiques (satellites d’observation, optiques et radars, moyens d’écoute électronique, drones de surveillance).

Aucun adversaire potentiel, étatique ou non, ne doit douter de notre détermination et de notre capacité à riposter de façon graduée à toute menace exercée contre nos intérêts, notre territoire et notre population. La réalisation du second porte-avions se situe pour moi dans cette perspective. Elle est la condition de la permanence à la mer de notre groupe aéronaval compte tenu des périodes d’indisponibilité pour entretien de notre seul porte-avions, le Charles-de-Gaulle. Sa production s’inscrit déjà dans une dimension européenne puisqu’elle donne lieu à une coopération industrielle avec les Britanniques. Il ne m’apparaît pas en revanche réaliste à moyen terme de miser sur l’européanisation d’un tel équipement quant à son utilisation, tout simplement parce que les caractéristiques d’emploi de l’aviation embarquée varient d’un pays à l’autre.

Pour autant, il est vital que les Etats européens puissent approfondir leur coopération dans le domaine de la Défense. L’Agence européenne de la Défense doit être le point d’ancrage d’une meilleure coordination de nos efforts d’armement. Il faudra mutualiser nos équipements lorsque cela est possible. La constitution d’un pool d’avions de transport A 400 M, commandés par la plupart des pays européens, pourrait constituer un précédent intéressant. Mais d’autres partages sont envisageables. Est-il raisonnable que les membres de l’Union européenne alignent encore ensemble 10 000 chars et 3000 avions de combat sans engager de processus de rationalisation concertée ?

La défense européenne sera en outre d’autant plus dynamique que sa base industrielle sera consolidée grâce à des regroupements et des alliances, en particulier dans les domaines terrestre et naval. Combien de programmes en coopération ont-ils subi les contraintes artificielles du partage industriel sur des bases parfois peu rationnelles ? L’Europe de la défense se matérialisera aussi dans la conduite de grands projets dont l’ampleur dépasse les moyens de chacun de ses membres. L’exemple du système de navigation Galileo montre que la coopération est possible dans le secteur spatial. Pourquoi ne pas la consolider en travaillant ensemble sur des systèmes européens de surveillance de l’espace ou d’alerte avancée en cas d’attaque balistique ?
Qu’il me soit cependant permis de faire une brève mise au point : l’Europe de la défense peut difficilement s’envisager si seulement trois ou quatre membres de l’Union européenne sur vingt-sept, consentent à produire un effort de défense digne de ce nom. Je rappelle que le Royaume-Uni et la France représentent à eux seuls plus de 40 % des budgets européens et que le cumul de ces derniers est deux fois et demi moins élevé que le budget du Pentagone. Nous devrons donc faire preuve de pédagogie et de pragmatisme pour convaincre nos partenaires de faire davantage.

Je l’ai dit, la prolifération nucléaire est évidemment une des menace les plus graves à la sécurité internationale. L'expérience, notamment de la crise de Cuba en 1962, nous rappelle que sur cette question la communauté internationale doit être unie et déterminée. Le général de Gaulle avait montré alors qu'il était un allié solide des Etats Unis. Aujourd’hui la perspective d’un Iran doté de missiles nucléaires n’est pas acceptable. Elle ouvrirait la voie à une course aux armements dans la région et serait une menace constante pour l’existence d’Israël et le Sud-Est de l’Europe. C’est maintenant à l’Iran de choisir entre la coopération avec la communauté internationale et des sanctions accrues. Je considère qu’il ne faut pas hésiter à renforcer le régime de sanctions car je crois qu’elles peuvent être efficaces.
Sur le nucléaire, une coopération est pourtant possible avec nos partenaires du Sud. Je souhaite par exemple proposer à l’Algérie, avant d’autres Etats, de l’aider à développer une capacité nucléaire civile en échange d’un partenariat sur l’exploitation des champs gaziers. Dire ceci, c’est aussi pour moi une façon de dire à l’Iran qu’une coopération est possible et que nous ne sommes pas condamnés à la confrontation. Au travers de l’exemple algérien, grand pays d’Afrique, c’est aussi dire que pour moi, le développement du Sud passe par l’accès à l’énergie et donc au nucléaire. L’énergie du futur n’a pas vocation à être la possession exclusive des pays les plus développés dès lors qu’un système de garanties peut fonctionner efficacement. J'ai proposé pour cela la création, sous l'égide de l'ONU et de l'Agence Internationale pour l'énergie atomique, d'une véritable banque mondiale du combustible nucléaire civil qui garantirait aux pays émergents l'accès aux bienfaits de l'énergie atomique sans risque de détournement militaire. Cette institution aurait donc l'avantage d'ôter tout avantage économique et politique aux programmes nationaux d'enrichissement de l'uranium et de retraitement des combustibles irradiés.

Le caractère transnational des nouveaux fléaux nous oblige à repenser nos méthodes. En matière d’immigration, nous devons arriver à une gestion concertée des migrations entre pays d’accueil, pays d’origine et pays de transit, tout en étant particulièrement fermes dans la lutte contre l’immigration illégale. Je considère comme indispensable de continuer à accueillir des étudiants des pays en développement dans nos universités. Cet élément fait partie du projet de Pacte européen sur l'immigration que j'ai proposé à mes collègues ministres de l'Intérieur des six grands pays de l'Union européenne, qui accueillent à eux seuls 80% des migrants dans l'espace européen. J'ai enfin une autre ambition qui peut paraître lointaine, mais qui répond à un besoin évident. Je souhaite en effet ouvrir le grand chantier d'un traité sur les migrations internationales. La communauté internationale s'est organisée pour coopérer dans la gestion les grands enjeux planétaires : le développement, la santé, l'environnement, la mer, la sécurité aérienne, l'espace, le droit du travail, etc.). Curieusement, les migrations internationales ne font l'objet d'aucune régulation à l'échelle mondiale et sont abandonnées au chaos planétaire. Le traité international sur les migrations que j’entends proposer comporterait des droits et des devoirs pour les Etats et pour les migrants. Une Agence internationale des migrations serait chargée de veiller à l'application du traité.

La lutte contre les grandes pandémies peut être l’occasion d’œuvrer à l’édification d’une mondialisation équitable, à travers l’initiative UNITAID, lancée par la France et présidée par Philippe Douste-Blazy, grâce à laquelle les malades du SIDA, de la tuberculose et du paludisme dans les pays pauvres auront accès à des médicaments performants pour se soigner. 500 millions de dollars seront disponibles dès 2008 sur la base de financements-citoyen. 30 pays ont déjà adhéré à cette initiative, qui bénéficiera à 100 000 enfants en 2007 et 200 000 en 2008. L’effort devra être poursuivi résolument.

Le protocole de Kyoto a été un grand progrès même si ses ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont insuffisantes au regard des données scientifiques. Il nous faut aller plus loin avec les vingt pays industrialisés qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Je pense tout particulièrement aux Etats-Unis, dont je souhaite qu’ils assument leur part de responsabilité dans le réchauffement climatique. L’Europe pourrait leur proposer une coopération dans la recherche sur les énergies du futur, en mutualisant nos moyens respectifs. Mais à mon sens la Chine, comme le Brésil, l’Inde et la Russie devront prendre toute leur part dans la lutte pour le respect de l’environnement. Je crois aussi qu'il faut concilier les échanges avec le respect de l'environnement. L'OMC doit intégrer cette question dans la négociation des accords internationaux. Nous devrons veiller à ce que des mesures incitatives ou fiscales, comme une taxe carbone, soient mises en place pour lutter contre le dumping environnemental, en particulier s’agissant de la lutte contre le réchauffement climatique.

Il nous faudra aller plus loin et créer une « Organisation mondiale de l’environnement » (OME) dont le rôle sera de rationaliser les principes et les normes dans le domaine environnemental et de mutualiser les moyens aujourd’hui éparpillés entres les pays et les structures internationales. Lieu d’expertise et de négociation internationale, cette OME serait alors un interlocuteur crédible pour les autres organisations multilatérales. Elle pourra notamment faire contrepoids à l’OMC qui a tendance à négliger les problèmes environnementaux.


Deuxième grand objectif : promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale. Notre identité démocratique nous destine à promouvoir la liberté et le respect de l'individu dans le monde. Nous, les Français, pensons que la démocratie, la liberté individuelle, les droits de l'Homme, le droit de pratiquer sa religion comme celui de ne pas en avoir, et l'état de droit sont des objectifs en soi. Car nous refusons le relativisme culturel qui voudrait que certains peuples ne soient pas faits pour la démocratie. Le respect des droits de l’Homme et de la dignité humaine, c’est concrètement l’égalité entre hommes et femmes, la protection des femmes contre les mutilations, la protection des enfants contre les formes modernes d’esclavage, la garantie des libertés individuelles et collectives, et la bonne gouvernance. Je n’accepte pas les discours qui remettent en cause l'universalité de la déclaration des droits de l'homme de 1948. Ces valeurs sont universelles, aucun individu ne doit en être privé, et la liberté est créatrice de prospérité et de stabilité.
Je ne prétends pas que la seule évocation des droits de l'Homme puisse constituer le socle d'une politique étrangère. Mais valeurs et intérêts, en réalité, se rejoignent. Il faut refuser l’opposition stérile entre « réalisme » et « idéalisme. » L’histoire montre que le sacrifice des valeurs au nom d’intérêts à court terme ou d’une stabilité d’apparence n’engendre que la frustration, le désespoir et la violence. La France est elle-même quand elle promeut la liberté contre l’oppression et la raison contre le chaos.
Ceux qui objecteront que les bons sentiments ne font que de la mauvaise diplomatie, devraient faire le bilan de ces trente dernières années. Ils y liraient l'exact contraire. Les Etats-nations ne sont plus les acteurs uniques sur la scène internationale. De nouveaux pouvoirs et de nouveaux enjeux ont émergé. Qui aurait cru que les droits de l'homme allaient gagner si vite une valeur universelle, grâce notamment aux ONG ? Qui aurait pensé que la vie des femmes, leurs droits, leur intégrité physique, constitueraient un enjeu international, porté par les femmes elles-mêmes ? J'ai eu l'occasion de le dire à Bamako, à Cotonou et à Dakar : contre tous les discours convenus, l'Afrique s'enorgueillit de compter aujourd'hui plusieurs belles démocraties désormais solidement ancrées et renforcées par plusieurs alternances réussies.
Ceux qui se disent adeptes de la realpolitik ne sont pas si réalistes que cela. Ils cantonnent l'action diplomatique à un effort pour ne rien changer à la réalité du monde. La stabilité est leur mot d'ordre. L'immobilisme leur obsession.
L'immobilisme n’est pas une politique, c’est un renoncement. Je ne veux pas de la stabilité pour la stabilité. Car elle peut correspondre à un statu quo cruel et injuste. Cette stabilité-là ne saurait être un objectif pour moi. En revanche, la recherche de la stabilisation en profondeur est un objectif. Et si je veux que la France défende ses valeurs dans le monde, c'est parce que c'est un devoir, mais aussi parce que c'est la seule manière d'assurer une stabilisation en profondeur des Etats fragilisés par des conflits internes ou externes.
J'ajoute autre chose : dans le monde d'aujourd'hui, nous agissons sous le regard informé et vigilant de l'opinion publique nationale et mondiale. Puisqu’on est rapidement informé de tout, le silence devient davantage coupable, l’inaction criminelle. Le silence peut être expliqué et excusé par l’ignorance. Le silence n’est pas acceptable quand on sait. Or, la caractéristique du monde d’aujourd’hui, c’est qu’on sait tout et en temps réel. La conséquence de la mondialisation, c’est que le silence et l’inaction sont devenus inacceptables. Notre silence face aux 200 000 morts et aux 400 000 réfugiés des guerres de Tchétchénie n’est pas tenable. Notre indifférence face aux 200 000 morts des massacres ethniques au Darfour non plus. Il y a urgence à agir, pour que le Darfour ne reste pas une page honteuse de notre propre histoire. Nous devons tout faire pour que les engagements de cessez-le-feu soient respectés par toutes les parties, et le déploiement d’une force internationale facilité.
Je veux dire également que ce n’est pas parce que la Chine et la Russie sont de très grandes puissances que l’on doit s’interdire de dénoncer les violations des droits de l’Homme qui y sont commises. De ce point de vue, sans vouloir m’ingérer dans les affaires intérieures de ce grand Etat, je dois dire que l’évolution de la Russie ces derniers temps est à mes yeux préoccupante.
De même, le grand débat du monde arabo-musulman est désormais la confrontation entre les régimes démocratiques et modérés et les forces obscurantistes. Nous devons tout faire pour conforter les régimes modérés. Je pense au Liban que je souhaite voir enfin pleinement indépendant, c’est-à-dire débarrassé des ingérences extérieures.
Une autre priorité reste de relancer un processus de paix au Proche Orient, dont l’objectif est la création d’un Etat palestinien indépendant et viable et le renforcement de la sécurité d’Israël, sans lequel celui-ci ne fera pas de gestes politiques majeurs. Mais dans cette région, ma conviction est que la paix passera par le développement économique. L’Europe en cela a des arguments qu’elle doit faire jouer.
Enfin en Irak, ma conviction est que la solution ne peut être que politique. Il faut réinventer un "pacte" entre Irakiens qui assurerait à chaque communauté, à chaque segment de la société irakienne, à chaque Irakien un accès équitable aux institutions et aux ressources du pays. Et qui isolerait les terroristes. En ce qui concerne la question du retrait des troupes étrangères, la France n'a pas de troupes sur le terrain et n'est donc pas la mieux placée pour dire quelle serait la bonne date pour ce retrait. Il y a me semble-t-il deux écueils à éviter : un retrait précipité, qui entraînerait le chaos, ou l'absence de toute perspective de retrait, à laquelle les Irakiens réagiraient par plus de violence et qui ferait le jeu des terroristes. La voie adaptée consiste à fixer un "horizon" pour le retrait, qu'il appartient aux autorités irakiennes de définir en fonction de la situation et en liaison avec les pays qui ont des troupes sur le terrain. Je crois qu’ainsi les Irakiens seront assurés que l'objectif est bien de leur rendre la plénitude de leur souveraineté.
L’Amérique latine quant à elle a connu des progrès démocratiques majeurs, au travers d’élections qui se sont bien déroulées dans une quinzaine de pays ces derniers mois. Pour autant la démocratie reste fragile, car beaucoup lui attribuent les difficultés sociales persistantes de certains de ces pays. Nous devrons donc être attentifs aux dérives autoritaires et populistes, qu’elles viennent de dirigeants de gauche ou de droite.
Cette volonté de promouvoir les libertés pose en toute logique la question de nos bases militaires en Afrique. Leur présence est de moins en moins bien comprise par la jeunesse africaine. La première mission de ces bases, c'est d'aider l’Union Africaine à construire une architecture de paix et de sécurité régionale, qui permettra au continent de disposer d’un outil pour mieux assurer, solidairement, sa stabilité. Mais aujourd’hui, elles conduisent parfois la France à devoir s’impliquer dans une crise, à titre humanitaire, pour préserver la sécurité des populations civiles et des ressortissants étrangers. Ces interventions sont parfois mal comprises, en Afrique comme en France. Ce sont toujours des décisions difficiles, que l’on est contraint de prendre dans l’urgence, qui consistent à choisir entre deux mauvaises solutions. Soit la France n’intervient pas, et on l’accuse de manquer à ses engagements bilatéraux et d'abandonner des gouvernements souverains et des peuples en détresse ! Soit elle intervient, et on lui reproche de s’ingérer dans les affaires intérieures d'un Etat souverain !

On peut reprocher à la France son interventionnisme, mais je constate que rares sont les candidats pour venir en aide à des Etats d'Afrique en proie à une crise politico-militaire. Sans doute devons-nous réfléchir davantage aux moyens d’anticiper ces crises, aux moyens de les prévenir avec l’Union Africaine. Cela passe par le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, auquel la présence militaire française doit aider. Mais à mon sens, cette présence devra être limitée au strict minimum lorsque l’Union africaine se sera dotée d’une capacité stratégique et militaire de rétablir elle-même la légalité internationale sur le continent. Je souhaite donc que l’armée française reste au service de la sécurité de l’Afrique, mais sous mandat de l’ONU et de l’Union africaine.

Promouvoir les libertés, c’est aussi promouvoir le développement. Nous devons nous fixer une obligation de résultats et plus seulement de moyens. Un tournant a été pris depuis le point bas que nous avons connu en 2001, sous le gouvernement socialiste, quand l’aide publique au développement de la France était tombée à 0,32 % de la richesse nationale. Sous l’impulsion du Président de la République, elle a depuis augmenté de 75 % en 5 ans pour atteindre aujourd’hui plus de 8,2 milliards d’euros. Pour autant je ne vois pas pourquoi l’aide au développement échapperait aux principes qui doivent gouverner l’utilisation de l’argent public : la fixation d’une stratégie précise, des exigences réciproques clairement définies, et la culture du résultat. Plus d'aide doit impliquer plus d'efficacité, de part et d'autre.
Nous ne devons plus accepter que l'aide au développement puisse devenir une prime à la mauvaise gouvernance et aux régimes prédateurs. De même la corruption doit cesser d'être regardée avec complaisance comme un mal inévitable. La France devra donner la priorité à ceux des pays d’Afrique, et pas seulement des pays francophones, qui respectent ces principes. Nous devons par ailleurs bâtir une grande politique de co-développement. Elle consistera à mobiliser le dynamisme, la compétence, l'épargne des migrants en France dans l'intérêt du développement de leur pays. Enfin l'autre axe de cette politique doit consister à généraliser le recours au micro-crédit et les aides aux micro-projets.

Troisième grand objectif : promouvoir nos intérêts économiques et commerciaux. Ce qui garantit dans la durée nos parts de marchés, c'est la compétitivité et la qualité de nos produits, et la pugnacité de nos vendeurs. En aucun cas la complaisance à l'égard des oppresseurs.
Pour autant, nous devons aussi faire preuve de fermeté dans la défense de nos intérêts dans le cadre des négociations commerciales internationales et en cas de litiges. Nous ne devons pas hésiter à engager des rapports de forces pour faire prévaloir nos positions commerciales. Notre politique étrangère doit aider nos entreprises, particulièrement nos PME, à conquérir de nouveaux marchés.

L’Union européenne est la seule entité capable de se mesurer aux grandes puissances internationales. Seule une politique économique menée à l’échelle européenne nous permettra de réussir la mondialisation. Avec nos partenaires européens, nous devons nous engager dans la défense de nos intérêts industriels et technologiques fondamentaux. Pour moi, la préférence européenne n’est pas un gros mot, surtout quand je vois chaque jour les signes d’une préférence américaine ou d’une préférence chinoise. La réciprocité doit devenir la règle dans les rapports entre l’Union européenne et les autres régions du monde, en particulier pour ce qui est de l’accès aux marchés. L’Union européenne ne doit donc plus hésiter à faire valoir avec force ses intérêts commerciaux et se doter des mêmes moyens que ses partenaires dans la concurrence internationale. Elle doit prendre des mesures de rétorsion grâce notamment à une politique antidumping active.

Grâce à quels principes d'action pourrons-nous atteindre ces objectifs ainsi définis et hiérarchisés ?
D’abord en confortant le multilatéralisme : plus que jamais, les grandes décisions internationales doivent faire l'objet d'une concertation des grands pays. Nous avons besoin de l'Organisation des Nations Unies parce qu’elle est universelle et qu’elle a donc seule la légitimité et l’efficacité pour traiter certains problèmes. C’est vrai pour traiter les crises les plus complexes. On le voit dans les crises africaines, où les opérations de maintien de la paix ne se limitent pas à un volet militaire mais appuient aussi les processus politiques de transition, l’organisation des élections, la restructuration des forces de sécurité, la reconstruction de l’appareil judiciaire. Qui d’autre aurait aujourd’hui, 45 ans après les indépendances, la légitimité et la capacité pour le faire ? Partout où il s’agit d’affirmer une légitimité internationale face à des Etats, d’élaborer des normes universelles, de promouvoir de nouveaux principes, de réguler un monde global, les Nations Unies sont irremplaçables.

Pour préserver l’efficacité des Nations Unies, l’autorité du conseil de sécurité doit être incontestable. Il doit pour cela renforcer sa représentativité parce que le monde a changé. Cet élargissement du conseil doit concerner toutes les régions du monde et notamment les pays du Sud. Des grands pays comme l’Allemagne, l’Inde, le Japon ou le Brésil doivent y jouer un rôle permanent, et l’Afrique comme l’Amérique latine doivent également y être représentées.
J’ai conscience qu’il est difficile de réunir un consensus sur cette question entre les 192 Etats du monde. Je propose d’explorer des formules transitoires, pour avancer progressivement. Il nous faudra combiner le maintien du statut des cinq membres permanents, une augmentation globale limitée du nombre de sièges au Conseil, pour lui conserver son efficacité, avec la création de nouveaux sièges permanents sans droit de veto. Sans doute sera-t-il nécessaire de renvoyer à plus tard le choix définitif de certains nouveaux membres permanents. Pourquoi ne pas imaginer de créer des sièges à statut privilégié, éligibles pour trois ans par exemple ? Pourquoi ne pas imaginer que si un de ces Etats « privilégiés » était réélu à ce siège trois fois, il pourrait devenir permanent ? Quelle que soit la formule retenue, la vocation de certains pays à devenir des membres permanents doit être fondée sur des critères clairs : la population sans doute, mais aussi la contribution financière à l’Organisation, et surtout la contribution en troupes aux opérations de maintien de la paix.

Je crois en effet à la fois juste et indispensable que ceux qui seraient légitimes à rejoindre le conseil de sécurité en assument les conséquences : être membre du conseil, c'est accepter d'exercer des responsabilités supplémentaires sur la scène internationale. Cela implique de développer une vision globale des relations internationales, de s'investir dans des régions éloignées du monde, d’avoir un avis constructif, d’être en initiative et de chercher à bâtir des accords sur toutes les questions d'intérêt général mais aussi dans les crises dont est saisi le Conseil de sécurité de l'ONU. Cela veut dire notamment accepter de verser le prix du sang pour une cause autre que celle de l'intérêt national immédiat et la défense de sa patrie.

Nous devrons également rendre les relations entre les Etats plus transparentes. Il nous faut les débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes. Nous ne devons pas non plus nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d'Etat, mais d'un dialogue franc et objectif, d'une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d'une communauté d'intérêts à long terme.

Nous devrons enfin bâtir une Union de la Méditerranée. C’est pour moi à la fois une méthode pour atteindre les objectifs de politique étrangère que j’ai précisés, en même temps que c’est un objectif. C’est une méthode, comme le fut la construction européenne après la deuxième guerre mondiale. C’est une méthode car dans notre environnement politique et géographique le plus proche et le plus familier depuis toujours, seul un rapprochement politique avec nos voisins méditerranéens peut nous permettre à la fois de tenter de résoudre les problèmes de sécurité et de promouvoir efficacement les libertés et le développement. Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Le dialogue Euro-Méditerranée imaginé il y a 12 ans à Barcelone n’a pas atteint ses objectifs. L’échec était prévisible dès lors qu’il s’agissait une fois de plus de faire dialoguer le Nord et le Sud, en perpétuant cette frontière invisible qui depuis si longtemps coupe en deux la Méditerranée et en continuant d’opposer ses deux rives au lieu de les unir. Je propose que l’on prenne le problème autrement. C’est d’abord aux pays méditerranéens eux-mêmes de prendre en main la destinée que la géographie et l’histoire leur ont préparée. C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec ses partenaires du Sud de l’Europe, d’une Union Méditerranéenne comme elle prit jadis l’initiative de construire l’Union européenne. Cette Union Méditerranéenne devra prendre en charge les questions de lutte contre le terrorisme, la gestion concertée des migrations, le développement économique et commercial et la promotion de l’Etat de droit dans la région. Elle aura vocation à travailler étroitement avec l’Union Européenne, et un jour à avoir avec elle des institutions communes. Je souhaite que la France se voie de nouveau comme une puissance méditerranéenne majeure.



Mesdames et Messieurs,
Notre capacité de parler et d'agir sur les enjeux du monde de manière cohérente et intelligible pour nos compatriotes et pour nos partenaires dépend de la clarté de nos objectifs globaux. La France a un rôle indispensable à jouer dans les relations internationales, qui n’est pas seulement le résultat d’un passé prestigieux mais surtout l’expression, la conséquence d’un projet ambitieux pour l’avenir. Je ne crois pas au déclin du rôle de la France. Mais un héritage, aussi glorieux et exceptionnel que soit le sien, ne suffit pas à assurer l’influence ou la grandeur. Aucune position n’est acquise. On ne peut pas s’accrocher à un rang, comme à une donnée intangible. On n’est suivi que si l’on a une voie à montrer. Adossée à un passé, un héritage, des traditions qui ont fait le monde d’hier, la France sera respectée et admirée en tant que puissance d’avenir, prête à construire le monde de demain.



Mes chers amis,Comment vous exprimer ma joie d’être parmi vous, ici, ce soir, à Madrid, sinon en vous disant merci, merci d’être là, merci d’être venus à ma rencontre, merci de votre accueil.J’aime l’Espagne qui est pour ma famille comme une seconde patrie. J’aime Madrid qui demeure envers et contre tout la pierre angulaire de son unité.
J’aime Madrid où bat le cœur de l’Espagne, où tout témoigne de la grandeur espagnole.
Celle du passé bien sûr mais aussi celle d’aujourd’hui et celle de demain.
Car l’Espagne si grande par ce qu’elle a accompli, si grande par son héritage spirituel et culturel, l’Espagne qui avait ceci de commun avec la Grèce antique qu’elle ne croyait qu’à la dimension tragique de l’homme, l’Espagne pour laquelle l’histoire n’a toujours trouvé de signification qu’à travers le combat éternel de la volonté humaine contre la mort, l’Espagne qui pendant des siècles a opposé à toutes les formes d’asservissement son inépuisable esprit de résistance et dressé, face au ciel, l’austère grandeur de ses monastères et de ses cathédrales, l’Espagne aujourd’hui met la joie de vivre au-dessus de tout.
La vie que la dureté des temps, l’absence de liberté, la misère et la guerre ont si longtemps étouffé, la vie trop longtemps contenue explose partout.
L’Espagne sans avoir rien perdu de son sens du tragique redécouvre la signification du bonheur.
Depuis le XVIème siècle que l’on appelle souvent le siècle d’or espagnol, l’Espagne ne s’était plus autant laissé aller au bonheur de vivre. Depuis cinq cents ans elle n’avait pas autant senti en elle une telle force de création qui la replace parmi les nations les plus dynamiques d’Europe. L’Espagne vit sa deuxième Renaissance et se dit que tout est redevenu possible .

Beaucoup d’entre vous sont venus ici parce qu’ils avaient le sentiment que ce vieux pays regardait de nouveau l’avenir comme le regarde un pays neuf.
La plupart d’entre vous se sentent bien dans cette Espagne, solidement enracinée dans son histoire et sa profondeur spirituelle qui a embrassé la modernité sans perdre son âme.
C’est une leçon que la France doit retenir pour elle-même ; non que la France doive imiter l’Espagne, car nul ne réussit en imitant les autres mais en tirant le meilleur de soi-même, de ce qu’il est, de ses atouts, des qualités qui lui sont propres.
La France en restant ce qu’elle est, telle que l’histoire l’a faite peut voir cependant, si elle regarde au-delà des Pyrénées, que rien n’est perdu dès lors qu’un peuple tout entier est prêt à se battre contre le destin, à se remettre à travailler, est prêt à réhabiliter la morale de l’effort, du mérite et du risque.
Que la France sans renier aucune de ses valeurs de solidarité et de justice regarde l’Espagne. Elle y verra ce que peut accomplir une société d’entrepreneurs, une société qui libère l’initiative et récompense l’effort, le mérite, le risque. Elle y verra comment la joie de vivre revient avec la réussite économique, comment la créativité revient avec la prospérité, comment le bonheur peut redevenir une idée neuve dans un pays qui l’avait perdu depuis longtemps.

Le retour à la démocratie, l’adhésion à l’Union Européenne ont bien sûr été décisifs.
Mais c’est au fond de lui-même que le peuple espagnol a trouvé l’énergie d’accomplir ce miracle économique qui paraissait impossible il y a trente ans.
L’Espagne est pour nous tous l’exemple de ce que l’imagination, le courage, la libération de l’initiative et la remise en ordre de l’économie peuvent réaliser en très peu de temps.
Les problèmes ne sont pas résolus, toutes les incertitudes ne sont pas levées, mais l’avenir a cessé d’être une menace pour redevenir une promesse et cela a suffit pour que le miracle s’accomplisse.
J’ai pensé qu’il fallait que je vienne à Madrid pour parler avec vous de l’avenir de notre pays, de ce qu’il faut faire pour que la France retrouve confiance en elle et que de cette confiance renaissent, comme ici, la vie et le bonheur de vivre.
Vous êtes ici parce que vous aimez la France et que vous vous sentez concernés par ce qu’elle peut devenir.
La France est partout où on l’aime. Elle est partout où elle est vivante dans les cœurs. Elle est donc ici, avec vous, car si elle n’était pas vivante dans votre cœur vous ne seriez pas là.
La France est partout dans le monde où se trouvent des Français. Partout dans le monde où il se trouve une personne qui croit en la France, là se trouve la France.
Partout dans le monde où il se trouve quelqu’un que les malheurs de la France rendent malheureux, là se trouve la France.
C’est assez dire qu’il n’y a pas de différence pour moi entre la France de Madrid et celle de Nîmes, de Poitiers, de Saint-Quentin ou de Paris.
Vous aussi vous êtes la France, celle que l’on emporte avec soi parce qu’elle est une part essentielle de soi-même.
Je veux dire ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui ont participé à l’organisation de cette réunion. Qu’un tel événement pût avoir lieu hors des frontières françaises au cours d’une campagne présidentielle, nul n’avait avant cette campagne pensé que ce fût possible. Il y a quelques semaines à Londres et ce soir ici à Madrid, la preuve est faite que c’est possible, et qu’il y a hors de France beaucoup de Français qui l’attendaient depuis longtemps.
Mais cela n’aurait pas été possible sans le dévouement de quelques personnes de bonne volonté qui continuent de croire que la France n’est pas finie, même si le monde paraît commencer à ne plus croire en elle. Et si vous êtes là ce soir c’est parce que vous continuez à le croire aussi.
C’est parce que vous ne vous résignez pas à désespérer de la France.
C’est parce que, voyant la France d’ici, vous voyez mieux encore ses défaillances et ses faiblesses et qu’elles vous sont encore plus insupportables.
C’est parce que, voyant le succès de l’Espagne, vous n’arrivez pas à comprendre pourquoi la France ne serait pas capable de faire au moins aussi bien, elle qui au cours de son histoire a si souvent étonné le monde.

Il y a toujours eu des gens pour lesquels s'en aller c’était un peu abandonner. Mais abandonner quoi ?
Les artistes qui pendant des siècles sont allée en Italie à la rencontre des sculpteurs de l’Antiquité et des peintres de la Renaissance, les penseurs qui allaient en Allemagne à la rencontre des philosophes allemands abandonnaient-ils la France ?
Ceux qui partent étudier aux Etats-Unis ou travailler à Londres ou à Madrid n’abandonnent pas la France. Ils la servent.
Partir à la découverte du monde, consentir à cet effort considérable qu’exige de l’esprit la rencontre avec une pensée étrangère, échapper aux pesanteurs des habitudes pour se remettre en question, prendre du recul pour mieux comprendre et pour mieux voir, ce n’est pas renier la France, c’est au contraire être fidèle à sa nature même.
L’ouverture au monde, n’est-ce pas d’abord cela être Français, c’est-à-dire le dépositaire d’une culture qui se veut l’héritière de toutes les cultures qui ont apporté quelque chose à l’idée d’humanité ?
N’est-ce pas la meilleure façon de prendre conscience de ce que l’on est vraiment et d’où l’on vient ?
Partir, n’est-ce pas parfois la meilleure façon de mesurer la profondeur de son attachement à tout ce que l’on quitte ?
Ceux qui vivent hors du pays de leur enfance ne sont-ils pas souvent ceux qui sont prêts à faire le plus pour lui parce qu’ils sentent mieux que d’autres ce qu’ils lui doivent ?
Mais ils sont aussi les plus exigeants à son égard, parce qu’ils ne peuvent pas supporter que celui-ci ne soit pas à la hauteur de l’image idéale qu’ils éprouvent le besoin de s’en faire au milieu des autres. Cette exigence est une chance pour notre pays.
De l’intérieur on voit les difficultés et les obstacles. De l’extérieur on ne voit que les résultats. Et ce sont les résultats qui comptent.
C’est dans le regard de tous ceux qui du dehors s’attendent à ce qu’elle soit toujours grande, et d’abord dans le regard de tous les Français qui vivent et qui travaillent au-delà de ses frontières, que la France comprend le mieux ce qu’elle ne doit pas cesser d’être.
Quelque chose nous réunit ce soir qui est au-delà de nos différences d’opinions, de croyances, de conceptions de la vie : nous voulons tous pouvoir être fiers de notre pays. Nous voulons tous, où que nous soyons, pouvoir éprouver la fierté d’être Français.
Je veux que partout sur la Terre les Français soient de nouveau fiers de la France.
Je veux être le Président d’une France qui montre à tous les hommes la grandeur d’être Français.
Je veux être le Président d’une France qui étonne de nouveau le monde.
Je veux être le Président d’une France qui ne soit pas frileuse, qui n’ait peur ni des autres ni de l’avenir.
Je veux être le Président d’une France qui assume sa vocation universelle.
A ceux qui sont venus en Espagne parce qu’ils avaient envie de voir au-delà des frontières, je veux dire qu’ils ont eu raison et que la jeunesse française a toujours voulu découvrir le monde. Je veux leur dire qu’à mes yeux la France doit aider la jeunesse française à aller à la rencontre des autres parce que c’est comme cela qu’elle étendra son influence et son rayonnement, que c’est avec sa jeunesse ouverte sur le monde qu’elle relèvera les défis de l’économie globale.
Je veux que l’on apprenne aux jeunes Français à vivre avec le monde et non à le refuser.
Je veux que l’on donne à chaque enfant le goût de l’aventure et des vastes horizons derrière lesquels se cachent des mondes inconnus.
Je veux que l’on donne à chacun l’envie d’aller voir comment on étudie, comment on pense, comment on travaille ailleurs.
Je veux que les études à l’étranger, l’expérience professionnelle à l’étranger soient facilitées, encouragées, valorisées.
Je sais que nous ne retiendrons pas la jeunesse française en essayant de l’empêcher de partir, mais en la faisant voyager et en lui offrant la possibilité de réaliser ses rêves en France ou ailleurs.
Je sais que nous ne sauverons pas le Français en interdisant à nos enfants d’apprendre l’Anglais mais en leur faisant apprendre une troisième langue.
Je sais que nous ne défendrons pas une exception française qui voudrait rester à l’écart des changements du monde mais que nous préserverons notre identité en nous investissant pleinement dans le monde.
Je veux que les Français de Madrid, de New York, de Tokyo, de Shanghai, de New Delhi, de Dakar ou de Tunis ne se sentent pas abandonnés par la France mais qu’au contraire ils aient le sentiment que la France ne les oublie pas, qu’ils sont ses enfants au même titre que tous les autres, qu’ils sont des citoyens à part entière, qu’ils ont les mêmes droits en matière d’école, de protection, de culture que ceux qui vivent sur le territoire national.
Il faut changer notre regard sur l’action extérieure de la France. Nous ne devons plus nous contenter de la diriger vers les étrangers, nous devons aussi l’adresser à cette France de l’extérieur qui veut être reconnue, qui veut être soutenue, qui veut avoir le sentiment qu’elle est partie intégrante de la nation.
Il faut que cette France soit mieux représentée dans la politique française parce que c’est une exigence pour la République et pour la démocratie. Parce qu’il est nécessaire pour l’intérêt de la France d’abolir la frontière entre la France de l’intérieur et celle de l’extérieur. Parce que c’est un comble qu’à l’époque où tant de frontières disparaissent celle-ci semble au contraire de plus en plus difficile à franchir.
Mais à côté de tous ces Français qui partent à l’aventure pour découvrir le monde, qui s’en vont aux quatre coins de la Terre vivre leurs rêves et leurs passions, découvrir d’autres cultures, d’autres civilisations, soulager la misère, prospecter de nouveaux marchés, il y a d’autres Français pour lesquels le départ est un exil.
Il y a tous ces Français qui partent parce qu’ils ont le sentiment qu’il n’y a pas de place pour eux en France. Parce qu’ils ont le sentiment d’un avenir bouché, d’une société bloquée. Ils partent par dépit, par désespoir, parce qu’ils ne trouvent plus d’autre issue.
Ils partent parce qu’ils n’ont pas de diplôme et que personne ne veut leur donner leur chance.
Ils partent parce qu’ils ont des diplômes et qu’ils ne peuvent pas les valoriser.
Ils partent parce qu’ils ont le goût de la réussite et que la réussite se heurte à trop d’obstacles.
Ils partent parce qu’ils ont le goût du risque et que le risque est mal vu.
Ils partent parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi.
Ils partent parce que l’effort n’est pas récompensé.
Ils partent parce que le travail ne paye pas.
Ils partent parce que leur envie de vivre, leurs aspirations, leurs ambitions se heurtent partout à des règles, à des statuts, à des routines, à des réflexes d’un autre âge.
Ils partent parce qu’ils se heurtent à l’immobilisme, au conservatisme, au malthusianisme.

Les protestants qui émigrèrent en masse après la révocation de l’Edit de Nantes ne sont pas partis parce qu’ils détestaient la France mais parce que la France qu’ils aimaient ne pouvait pas être celle qui leur demandait de choisir entre leur foi et leur patrie.
Tous les Européens qui au XIXe siècle et au début du XXe émigrèrent en masse aux Etats-Unis n’abandonnaient pas leur pays de gaieté de cœur. Ils fuyaient la misère et les persécutions.
Quand le professeur Montagnier, le découvreur du virus du SIDA, s’exile en Amérique, ce n’est pas parce qu’il n’aime plus la France, c’est parce que les statuts de la fonction publique lui interdisent de continuer ses rechercher qui sont toute sa vie.
Quand le jeune chercheur ne trouve pas de poste dans un laboratoire, forcément, il s’en va là où on lui donne les moyens de faire son métier et d’assouvir sa passion.
Quand le jeune entrepreneur, la tête pleine de projets, se voit refuser tous les moyens de les réaliser, forcément, il s’en va les chercher ailleurs.
Quand le jeune sans diplôme désespère de trouver du travail pour gagner sa vie, forcément, il s’en va dans le pays où les jeunes sans qualification trouvent des emplois et où l’on peut apprendre un métier en travaillant.
Quand le retraité se voit confisquer le fruit de toute une vie de travail, forcément, il est tenté de s'en aller dans un pays où l’impôt est moins confiscatoire.
A celui qui est parti parce qu’à ses yeux la France n’était plus tout à fait la France, parce que la France l’avait déçu, parce qu’il ne voyait plus comment il pouvait inscrire sa propre destinée dans le destin commun, mais qui en souffre secrètement parce qu’au-delà de tout la France est son pays, parce qu’elle lui manque, parce qu’il voudrait que ses enfants y grandissent, je veux dire qu’il n’y a pas de fatalité au déclin.
A celui qui s’est exilé parce qu’à ses yeux la France avait perdu le goût du risque et de la réussite, je veux dire qu’ensemble nous pouvons les lui redonner.
A celui qui s’est exilé parce qu’à ses yeux en France plus rien n’était possible, je veux dire que rien n’est perdu si nous le voulons tous.
J’ai lancé à Londres, à tous les expatriés qui sont malheureux de la situation de la France et qui se sont sentis obligés de partir, cet appel que je veux renouveler ce soir. Je leur ai dit, je veux leur dire encore : « revenez ! »
Revenez, parce qu’ensemble nous ferons de la France une grande nation où tout sera possible, où les pères n’auront plus peur pour l’avenir de leurs enfants, où chacun pourra réaliser ses projets, devenir responsable de son propre destin.
Revenez, et vous verrez qu’avec un peu de cœur, de courage et de volonté notre vieux pays peut accomplir encore de grandes choses !
Ne vous laissez pas voler la France, elle est à vous.
Ne vous laissez pas voler vos souvenirs d’enfance, vos rêves de jeunesse, vos ambitions.
Ne laissez pas dévaloriser la France, parce que la France c’est vous.
Ne laissez pas déprécier la France, ce serait vous déprécier aussi.
Ce qu’ont fait vos aïeux vous pouvez le faire aussi.
Ce qu’ont accompli les générations passées chaque fois qu’elles se sont mises à croire que tout était possible vous pouvez l’accomplir aussi.
La France que je veux construire avec vous, c’est une France ouverte qui croie de nouveau aux valeurs de l’effort, de la réussite, du travail, du mérite.
C’est une France qui a rompu avec l’idéologie de mai 68, cette idéologie qui installa partout, dans la politique, dans l’éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes Français d’aujourd’hui sont les principales victimes.
Au cœur de cette pensée unique qu'ici je veux dénoncer, il y a le jeunisme, cette idéologie qui dit à la jeunesse qu’elle n’a que des droits et que tout lui est dû, c'est faux, et il y a, dans le même temps, la dévalorisation du travail et le mépris pour les travailleurs. J'ose le mot car il ne m'écorche pas la bouche. J'ai toujours fait du travail une valeur cardinale de ma vie.

Une partie de la gauche a fait sienne cette idéologie du jeunisme et des 35 heures forcées. Cette gauche c'est celle qui demande aux enfants ce qu’ils ont envie d’apprendre, dit à l’élève qu’il est l’égal du maître, part en guerre contre l’élitisme républicain qui traumatiserait les mauvais élèves et promet qu’on donnera le bac à tout le monde. Cette gauche là, au final, accepte la pauvreté pour peu qu'il n'y ait que des pauvres, tolère les retards pour peu que personne ne soit à l'heure, s'accommode des injustices si chacun en est également la victime. Cette société là je veux le dire clairement, je n'en veux pas.

Alors que le monde change à un rythme où jamais il n’a changé, alors que partout d’immenses forces de création sont à l’œuvre, que partout les hommes se battent pour inventer, pour créer, pour s’arracher à la misère, pour tenter de se construire un nouveau monde – regardez l’Espagne ! -, la France ne peut pas rester immobile, répondant au monde qui l’invite à le rejoindre dans sa course effrénée au changement : « à quoi bon ? »
Nous ne réussirons pas dans l’économie globale en nous contentant d’imiter les autres – l’Espagne n’a imité personne. Mais nous ne réussirons pas non plus en nous enfermant dans notre histoire. Nous réussirons, comme l’Espagne, en puisant au plus profond de nous-mêmes les valeurs et les principes à partir desquels nous accomplirons les changements nécessaires pour garder la maîtrise de notre destin. Nos valeurs, ce sont celles de la République.
La République pour moi c’est le mérite. Refonder la République pour moi c’est d’abord rendre au travail sa valeur morale et sa capacité d’émancipation.
La fin du travail est un mythe. Le grand problème de la France c’est qu’elle travaille moins quand les autres travaillent plus. Le grand problème de la France c’est qu’elle ne crée plus assez de travail pour financer les retraites, la protection sociale, pour rembourser la dette, pour élever le niveau de vie, pour réduire la précarité, le chômage, les inégalités, pour faire fonctionner notre modèle d’intégration sociale. Ce problème n’est pas un problème technique c’est un problème moral. La crise de la valeur travail est au cœur de la crise morale.
Mais pour que le travail apparaisse de nouveau comme un moyen d’émancipation, il faut que le travail permette de faire vivre décemment sa famille, d’éduquer ses enfants.
Il faut l’encourager au lieu de le décourager.
Il faut cesser de dévaluer le travail en surévaluant la monnaie.
Il faut cesser de faire du travailleur la seule variable d’ajustement de l’économie.
Je propose que l’augmentation du pouvoir d’achat soit la priorité de la politique économique après 25 ans de sacrifices, de stagnation du pouvoir d’achat des salaires, de baisse du niveau de vie pour les jeunes générations que les 35 heures ont aggravé.
Je propose de supprimer les charges et les impôts sur les heures supplémentaires pour que ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus soient encouragés à le faire, sans que personne y soit obligé.
Je propose d’alléger la fiscalité du travail en taxant plus la pollution et la consommation, les importations des pays qui pratiquent le dumping écologique et le dumping social, et en taxant moins le travail.
Je veux réformer l’Etat pour baisser les prélèvements obligatoires et pour rendre du pouvoir d’achat aux salariés
Je propose d’en finir avec une fiscalité confiscatoire qui décourage la réussite, fait fuir les capitaux et les entrepreneurs qui s’en vont créer des emplois ailleurs.
Je propose que toute la politique économique, ait un seul objectif : la revalorisation du travail.

La République pour moi c’est la liberté.
Je veux la liberté du choix.
Je souhaite que l’on donne à chacun la liberté de choisir l’école de ses enfants, son temps de travail, l’âge où il cesse de travailler, la liberté de transmettre le fruit de son travail à ses enfants sans droits de succession. Je souhaite que chacun puisse disposer comme il l’entend d’au moins la moitié de son revenu avec un bouclier fiscal de 50% y compris la CSG et la CRDS, que chacun puisse prendre sa retraite quand il le veut, et même travailler autant qu’il le veut après avoir pris sa retraite. Je souhaite que la femme ait la liberté de travailler et d’élever ses enfants. Je souhaite des places de crèche pour toutes celles qui en ont besoin et une étude surveillée pour l’enfant de la mère qui travaille.
Je souhaite que l’enfant de famille modeste qui ne peut pas étudier chez lui ait la liberté d’apprendre dans un internat d’excellence.
Je souhaite que chacun reçoive une culture d’homme libre et la formation qui pourra lui permettre de trouver un emploi.
Je souhaite une école de l’excellence parce que c’est la seule qui donne à tous la même chance d’être un homme libre.
Je veux l’orientation, la sélection, l’émulation scolaires et l’élitisme républicain – ces mots ne me font pas peur – parce que c’est comme cela que l’on donne à chacun la liberté de réussir.
Je souhaite que les jeunes en formation aient une autonomie financière grâce à une allocation formation, à des prêts à taux zéro et à la possibilité de travailler tout en étudiant. C’est ainsi qu’on leur donnera la liberté de construire leur vie et la liberté d’apprendre.
Je souhaite que ceux qui ont des projets et qui n’ont pas de relations ou dont les parents ne peuvent se porter caution bénéficient de la garantie de l’Etat pour emprunter parce qu’il faut que chacun ait la liberté de créer.
Je souhaite que les intérêts des emprunts pour acheter son logement soient déductibles en totalité du revenu imposable, que le crédit hypothécaire soit réformé, que l’accès à la propriété pour les locataires de logements sociaux soit facilité parce que la propriété c’est la meilleure assurance contre les accidents de la vie, contre la précarité. Parce que la propriété c’est l’indépendance, c’est la liberté. Je souhaite que tous les Français qui travaillent puissent devenir propriétaires.
Je souhaite plus de liberté pour le chef d’entreprise dans la gestion de l’emploi en contrepartie je souhaite une Sécurité Sociale professionnelle qui protège les personnes contre les aléas de la vie des entreprises, parce qu’il n’y a pas de liberté dans l’insécurité.
La liberté pour moi c’est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les grévistes. Il faut en finir avec cette situation qui est attentatoire à la liberté et qui ternit l’image de la France aux yeux du monde entier. Je prends l’engagement si je suis élu de faire voter une loi sur le service minimum dans les services publics dès le mois de juin 2007. Je souhaite en outre qu'une loi impose le vote à bulletins secrets dans les 8 jours du déclenchement d'une grève dans une entreprise, une université, une administration.
La liberté pour moi c’est que chacun puisse circuler sans craindre de se faire agresser. Je veux que la France redevienne pour le monde entier un pays où l’on sait que l’on est en sécurité que l’on peut circuler sans se faire agresser.


Mais l’homme n’est pas libre s’il n’est pas responsable de ses actes.
La responsabilité c’est la dignité.
La responsabilité c’est la condition de l’estime de soi.
L’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’égalitarisme il n’y a plus de rapport entre les actes et les résultats.
L’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir.
L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. Ils démoralisent ceux qui se donnent du mal. Ils rendent toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient. Ils tirent tout le monde vers le minimum au lieu de tirer chacun vers le maximum.
Le Parti Socialiste veut une société du minimum, je souhaite une société du maximum, parce qu’avec le minimum on ne vit pas, on survit.

La République pour moi c’est la fraternité.
Je veux être le Président d’une France dans laquelle l’Etat aide ceux qui en ont besoin, ceux que les accidents de la vie ont abîmés au point qu’ils n’arrivent plus à se tenir debout tout seuls. Ma France, c’est celle où l’Etat ne laisse personne dans la détresse, où l’Etat tend la main à l’enfant pauvre, au malade, au handicapé, à la personne âgée qui est dépendante, où l’Etat accompagne ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui sont prêts à faire un effort sur eux-mêmes, où l’Etat donne à ceux qui n’ont plus la force de vouloir, l’énergie de vouloir de nouveau.
Car vouloir pour soi-même, c’est espérer encore. Et toute la grandeur de l’homme est dans cette espérance qui le pousse à se dépasser, qui fait de sa vie une aventure dans laquelle rien n’est écrit par avance, qui le fait acteur et non spectateur de sa propre histoire.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale.
Si je souhaite que celui qui bénéficie d’une assurance salaire ne puisse pas refuser deux offres d’emploi successives correspondant à ses qualifications, c’est parce qu’en rémunérant le chômage autant que le travail, sans contrepartie, on démoralise celui qui finance la solidarité en travaillant dur.
Si je souhaite que l’allocation formation soit conditionnée par l’assiduité et le sérieux dans les études de celui qui en bénéficie, c’est parce que je suis convaincu qu’on ne rend pas service à la jeunesse en lui laissant croire que tout lui est dû.
Si je souhaite que tous les jeunes accomplissent un service civique obligatoire de 6 mois, c’est parce que la jeunesse doit apprendre à donner et pas seulement à recevoir.
Si je souhaite que les parents qui ont des difficultés soient aidés pour élever leurs enfants et que ceux qui n’assument pas leurs responsabilités soient sanctionnés, par la mise sous tutelle des allocations familiales, c’est parce que je crois que le rôle des parents dans l’éducation est irremplaçable.
Si je souhaite que l'entreprise qui délocalise, rembourse les aides publiques qu'elle a reçues, c'est parce qu'il y a aussi une responsabilité sociale de l'entreprise.
Si je souhaite que les maisons-mères soient responsables de façon illimitée des dégâts causés à l'environnement par leurs filiales, c'est parce que nous avons tous une responsabilité illimitée vis-à-vis des générations futures.
Si je souhaite que le patron malhonnête qui pille son entreprise ait des comptes à rendre autant que le politicien corrompu et que l’adolescent qui rackette ses camarades d’école, c’est parce que l’on ne peut pas demander aux citoyens d’assumer leurs responsabilités si des délinquants petits ou grands restent impunis.
Si je souhaite que le Président de la République assume clairement ses responsabilités dans la conduite des affaires publiques, c’est parce que je suis convaincu que l’exemple doit venir d’en haut.

Faire revivre les valeurs qui sont au cœur de notre identité, c’est nous montrer capables de garantir une véritable égalité des chances pour valoriser tous nos talents.
Comment peut-on encore parler de République quand le destin de l’enfant est à ce point déterminé par le quartier où il est né où par la couleur de sa peau ?
Comment parler de la République au fils de harki, à l’enfant noir ou au fils de l’immigré maghrébin qui mesure le peu de chances qu’il a d’accéder un jour à des postes de responsabilités ou même simplement de trouver un emploi ?
Comment faire aimer la République à tous ceux qu’elle laisse à l’écart : travailleurs pauvres, mères qui élèvent seules leurs enfants, ruraux qui voient partir tous les services publics, agriculteurs à la pension de retraite dérisoire, ouvriers de l’industrie en concurrence avec la main d’œuvre bon marché du Tiers-Monde, jeunes qui mettent des années à accéder à un emploi stable, personnes âgées abandonnées à leur solitude ?
Comment faire espérer dans une République qui tient si peu ses promesses ?
Agir sur les causes et pas seulement sur les effets. Ne pas se contenter de gérer les conséquences de la défaillance des institutions mais réformer les institutions, transformer les mentalités, changer les comportements. Ne pas se contenter de gérer l’échec scolaire mais s’attaquer à la réforme de l’école. Ne pas se contenter de gérer les conséquences du chômage de masse mais en combattre les causes. Donner plus à ceux qui ont moins. Aider davantage ceux qui ont plus de handicaps à surmonter. Aider ceux qui veulent s’en sortir à s’en sortir. Voilà ma République ! C’est celle qui donne la possibilité à celui qui veut faire des efforts de réussir, d’exploiter ses talents, de tenter sa chance.
Voilà ce que j’appelle la rupture !

Ici à Madrid je suis aussi venu vous dire et je suis venu dire à l’Espagne que notre avenir à tous se joue en Méditerranée. Au bord de cette mer qui ne mène pas à des terres inconnues mais aux rivages familiers vers lesquels depuis des millénaires nous tournons nos regards et nos pensées à chaque fois que nous rêvons d’une certaine idée de l’homme et de la civilisation.
La Méditerranée est pour nous tous, même quand nous n’y avons jamais vécu, un souvenir d’enfance où se mélangent des dieux de l’Egypte et de la Grèce, des chevaliers des Croisades, de vieux temples en ruines, des sensations de chaleur sèche, de lumière éblouissante, de senteurs entêtantes, de joie de vivre, et sur fond de mer et de ciel bleu des tragédies terribles, pleines de sang et de fureur, de haines inexpiables, d’une violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre.
Quand nous évoquons, Espagnols ou Français tout ce qui constitue notre conception de la personne humaine dans sa dimension intellectuelle comme dans sa dimension morale et spirituelle, tous nos regards se tournent vers la Méditerranée qui nous a tout enseigné. Nous sommes les enfants de l’Egypte, de la Grèce, d’Israël, de Rome, de Venise, de Florence, de Séville.
Quand je pense à la Méditerranée, je pense à l’homme européen qu’elle a fait naître. Je pense à cette part de moi-même, à cette part de chaque Français, de chaque Espagnol, de chaque Européen, qui donne le sentiment, face à la Méditerranée, d’un retour à la source, à l’origine de sa propre pensée, de sa propre identité.
Je pense aussi à cette part de moi-même qui me fait me sentir chez moi quel que soit le pays, quel que soit le rivage qu’elle baigne.
Nous sommes aussi les enfants de Cordoue et de Grenade, les enfants des savants arabes qui nous ont transmis l’héritage des anciens Grecs et qui l’ont enrichi.
Nous tous, Juifs, chrétiens, musulmans, non croyants, nous sommes les héritiers d’un même patrimoine de valeurs spirituelles qui donne à nos dieux et à nos civilisations tant de ressemblances.
Le grand tort de l’Europe est d’avoir longtemps, trop longtemps, tourné le dos à la Méditerranée.
Que tous nos regards se soient tournés exclusivement vers le Nord et vers l’Est, que le Sud ainsi fût oublié intellectuellement, culturellement, moralement, politiquement, économiquement, que la Méditerranée cessât d’être un lieu d’où jaillissait pour nous la richesse, la culture et la vie, qu’elle cessât de représenter une promesse pour ne plus constituer qu’une menace, n’est pas pour rien dans la crise européenne. Il faut dire les choses comme elles sont : en tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe a cru tourner le dos au passé. Elle a en fait tourné le dos à son avenir. Car l’avenir de l’Europe est au sud.
Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve méditerranéen. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation.
A cet endroit et à ce moment précis où le choc des civilisations devient une menace réelle pour l’humanité, là, autour de cette mer baignée de lumière où depuis deux mille ans la raison et la foi dialoguent et s’affrontent, là sur ces rivages où l’on mit pour la première fois l’homme au centre de l’univers, là se joue une fois encore notre avenir.
Là si nous n’y prenons garde les valeurs qui sont l’héritage commun de toutes les civilisations de la Méditerranée perdront la bataille de la mondialisation. Là nous pouvons tout gagner ou tout perdre. Nous pouvons avoir la paix ou la guerre, la meilleure part de la civilisation mondiale ou le fanatisme et l’obscurantisme, le dialogue des cultures le plus fécond ou l’intolérance et le racisme, la prospérité ou la misère. Dans le monde se dessinent de vastes stratégies continentales qui enjambent les hémisphères. Entre le continent américain d’un côté et l’Asie de l’autre, la géographie de la mondialisation pousse l’Europe à imaginer une stratégie euro-africaine dont la Méditerranée sera fatalement le pivot.
Cette ambition de faire du bassin méditerranéen davantage qu’un pont entre le Nord et le Sud, un foyer de paix, de culture, de démocratie, de développement durable d’où naîtra dans le creuset des siècles et des civilisations le destin commun de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Eurafrique ? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent. La mondialisation n’attendra pas que l’Europe se décide enfin à en être un acteur et pas seulement à la subir.

Le dialogue Euro-Méditerranée imaginé il y a 12 ans à Barcelone par bien des aspects n’a pas atteint ses objectifs. L’échec était prévisible dès lors que la priorité de l’Europe était à l’est. L’échec était prévisible dès lors que le commerce avait pris seul le pas sur tout le reste alors que c’est la coopération qui doit être la priorité absolue. L’échec était prévisible dès lors qu’il s’agissait une fois de plus de faire dialoguer le Nord et le Sud, en perpétuant cette frontière invisible qui depuis si longtemps coupe en deux la Méditerranée et en continuant d’opposer ses deux rives au lieu de les unir. Le dialogue entre l’Europe et la Méditerranée est capital. Mais il ne peut pas réussir s’il s’agit seulement de faire dialoguer l’Union Européenne avec l’Afrique du Nord. Je propose que l’on prenne le problème autrement. C’est d’abord aux pays méditerranéens eux-mêmes de prendre en main la destinée que la géographie et l’histoire leur ont préparée et d’entraîner à leur suite les continents. C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, d’une Union Méditerranéenne comme elle prit jadis l’initiative de construire l’Union européenne. Cette Union Méditerranéenne aura vocation à travailler de plus en étroitement avec l’Union Européenne. Elle aura vocation un jour à avoir avec elle des institutions communes parce que la Méditerranée et l’Europe auront pris conscience que leurs destins sont liés.
C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie.
C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France,
C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien. Un système de sécurité collective lui permettrait de garantir la paix autrement que par la course aux armements et l’intimidation.
La Méditerranée a besoin d’investissements dans les infrastructures. Elle a besoin d’une gestion commune de l’eau, d’une politique commune de la mer, d’une politique commune des migrations, d’une politique commune de l’énergie, d’une politique commune du patrimoine, du tourisme, de la recherche.
Et c’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c'est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble.
Mais la plus belle perspective pour la France comme pour l’Espagne, est dans le grand large. Si je suis élu je proposerai à tous les pays de la Méditerranée de jeter les bases d’une Union Méditerranéenne comme jadis la France a proposé aux peuples européens de construire l’Europe. En ressuscitant le rêve méditerranéen nous ressusciterons le rêve européen.

Voilà ce que je voulais dire ici à Madrid.
Voilà ce que je voulais vous dire à propos de la France et à propos de l’Espagne.
Pour finir je n’ai que deux choses à ajouter, les deux seules au fond qui importent pour l’issue de cette campagne.
Vive la République !
Vive la France !

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