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Discours
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Nicolas Sarkozy à Lyon

Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire

Lyon - Jeudi 5 Avril 2007

Le prononcé

Mes chers amis,


C’est toujours pour moi une immense joie de me retrouver à Lyon, dans cette ville où l’on met du temps à donner son cœur, où la confiance et l’amitié se méritent, où l’intimité se protège. Mais où le cœur quand il se donne, à Lyon, se donne sans retenue. Dans cette ville où l’on n’aime pas tout de suite, mais quand on aime, c’est pour toujours et avec passion. J’aime Lyon.

Ce soir, vous êtes venus me dire votre amitié et votre confiance et cela me touche au plus profond de moi-même parce que je sais qu’ici quand on donne son amitié et sa confiance, c’est avec sincérité, sans réserve, et pour longtemps.

Si vous êtes là avec cette ardeur, ce n’est pas seulement parce que vous êtes d’accord avec le projet que nous avons élaboré. Ce n’est pas seulement pour me dire que mon combat est aussi le vôtre.
Si vous êtes là, c’est parce que vous savez quelque chose d’important, c’est que je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je ne vous tromperai pas. Je sais trop la responsabilité qui pèse sur mes épaules.

Pour moi, c’est une grande émotion, de vous voir si nombreux. Et je voudrais dire à Bernadette Chirac, que, pour nous deux, c’est une forme d’aboutissement.
Nous en avons connu des moments, mais je veux dire que jamais je n’ai perdu votre confiance, toujours nous nous sommes parlés. Et si aujourd’hui la famille est réunie, c’est parce que, Madame, au moment où cela a été le moins simple, vous avez su être un trait d’union.
Cette unité de la famille, je veux vous la dédier ce soir.

Dans cette ville que la Convention voulait anéantir, dans cette ville sanctifiée par le sang de tant de martyrs, depuis les premiers chrétiens jusqu’à Jean Moulin, l’un des vôtres, assassiné par la Gestapo, sans avoir livré un seul de ses secrets, lui qui les possédait tous.

Dans cette ville, où il y eu tant de victimes des massacres révolutionnaires.
Dans cette ville, où l’on n’a pas oublié les Canuts dont les révoltes désespérées furent noyées dans le sang.
Dans cette ville, Lyon, qui a 22 siècles d’histoire, ou jadis les 60 tribus gauloises se réunissaient chaque année.
Cette ville qui est devenue française il y a 7 siècles, est une capitale spirituelle, commerciale et industrielle. Elle a été la capitale de tant de luttes sociales et, en même temps, la capitale de la Résistance,

Dans cette ville, on connaît le prix de la sueur, la valeur de l’effort et du sacrifice.
Dans cette ville, on a inventé le métier à tisser, le cinéma et la banque moderne.

Votre ville est tout un symbole. Placée entre le Nord et le Sud, elle est au carrefour de l’Europe, elle est là où tous les échanges se passent. Dans cette région même, on doit mieux qu’ailleurs comprendre les défis du monde d’aujourd’hui.

Dans cette ville qui a toujours brassé les hommes, les idées et les cultures, autant que les capitaux et les marchandises.
Dans cette ville dont le grand Michelet disait qu’elle unissait les peuples comme les fleuves.
Dans cette ville, je suis venu dire dans cette région que notre avenir, celui de la France et des Français ne dépend que d’une seule chose : notre travail, notre imagination et notre volonté.

Dans la mondialisation, la question n’est pas de savoir si nous l’acceptons ou si nous la refusons. La seule question qui compte est : est-ce que nous allons subir, ou est-ce que nous voulons agir ?
Je vous propose d’agir pour que la France reste à la première place dans le monde. Voilà le débat, voilà l’enjeu de la campagne présidentielle ?

Dans cette ville et dans cette région, je suis venu dire qu’il n’y a aucune fatalité ni au chômage, ni à l’insécurité, ni à l’immigration non maîtrisée, ni au déclin de la France.

A force de ne plus rien oser dire, à force de ne plus rien oser imaginer, à force de ne plus rien vouloir, la politique a fini par fabriquer sa propre impuissance.
Le résultat serait une République qui s’effriterait, une démocratie qui s’abîme.
Et ce n’est pas un bon signe pour notre démocratie qu’un Français sur deux ne vote pas et que le quart de ceux qui votent pensent qu’ils doivent voter pour les extrêmes.

Et si nous ne voulons plus, c’est la nation qui est affaiblie.Alors même que nous n’avons jamais autant eu besoin d’une volonté collective. Jamais nous n’avons eu autant besoin de politique.

Les défis sont immenses.
Regardez le monde, tous les Etats sont à l’offensive.
La concurrence devient impitoyable, la conquête des marchés devient une lutte sans merci, les identités menacées se raidissent et la colère des peuples qui ont le sentiment de perdre la maîtrise de leur destin s’exprime.
Pour répondre à cette colère, il n’y a que la volonté politique.
Le monde est plein d’opportunités et en même temps de menaces. Les hommes et les capitaux circulent, tout se mélange. Les cultures s’entrechoquent, les religions et les civilisations, sur fond de guerre économique, de bouleversements technologiques, de réchauffement climatique et de bulle spéculative.

Dans ce monde dangereux, je veux affirmer que la nation exprime un besoin d’identité, de protection, et de volonté collective.
La nation, ce n’est pas fini.
La nation, ce n’est pas dépassé.

L’identité nationale fait partie de mon projet présidentiel. De quoi s’agit-il ? Au fond, l’homme qui ne veut pas être seul dans ce monde, qui ne veut pas être condamné à subir, réclame plus de nation.

Ceux qui après la chute du mur de Berlin prophétisaient la fin de l’histoire et la dilution des nations dans le marché mondial se sont trompés.
Les nations sont de retour et l’histoire n’est pas finie.

Si nous traversons une crise d’identité sans précédant, c’est sans doute parce que nous n’avons pas assez réfléchi à ce que signifiait la nation française. Au moment même où le besoin de nation devenait plus grand dans le cœur de chacun de nos compatriotes, face à un avenir angoissant, nous n’avons pas su répondre à cette question : qu’est-ce que la France ? Et qu’est-ce que signifie être Français ?

Je veux prendre mes responsabilités. Nous avons eu le tort de trop laisser dénigrer la France, son histoire et son identité.
Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire.
Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers de notre pays.
Je déteste la repentance qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires.
Je déteste la repentance qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines.
Je déteste la repentance qui est un obstacle à l’intégration parce que l’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester, alors que l’on devrait le respecter et l’aimer. Voilà ma vérité.

Oui, à force de tout détester, la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, la courtoisie, l’ordre, la morale…
A force de tout détester, on finit par se détester soi-même. Beau résultat !

Et la détestation de soi est toujours le commencement de la détestation de l’autre. Pour pouvoir aimer les autres, il faut être capable de commencer par s’aimer soi même.
Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Je voudrais rappeler à tous ses détracteurs que la France n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. La France a inventé les droits de l’Homme et est le pays au monde qui s’est le plus battu pour la liberté du monde. Voilà ce qu’est l’histoire de la France !

Et si cela ne suffit pas, je veux dire à tous ceux qui n’ont rien compris à l’histoire de France, que durant la guerre tous les Français n’ont pas été pétainistes, qu’il y a eu les héros de la France libre et de la Résistance. Que si certains Français ont dénoncé des Juifs à la Gestapo, d’autres, plus nombreux, les ont aidés au péril de leur vie, des mères ont caché des enfants juifs parmi leurs propres enfants.

Je veux dire, en allant plus loin parce que je le pense au fond de mon cœur, que dans les colonies, tous les colons français n’étaient pas des exploiteurs. Qu’il y avait parmi eux de braves gens, des gens courageux, qui avaient travaillé dur toute leur vie, qui n’avaient jamais exploité personne, qui ne devaient rien qu’à eux-mêmes, qui avaient beaucoup donné à une terre où ils étaient nés et qui un jour n’ont eu le choix qu’entre la valise et le cercueil. Ces Français ont tout perdu.
Je veux qu’on les respecte.

Ce n’est pas un service à rendre à l’histoire de France que d’assimiler un système colonial injuste à des femmes et des hommes qui ont exploité la terre, qui ont instruit des enfants, qui sont soigné des femmes et des hommes d’une autre nation, qui ont aimé leur terre. Que la gauche française se rappelle ce que le grand Camus a écrit de l’Algérie. Pourquoi la gauche a-t-elle oublié Camus, elle comprendrait mieux l’histoire de France.

Dans cette campagne, que toutes les vérités soient dites. Et je veux dire que si la France a une dette qu’elle n’a pas réglée, c’est celle qu’elle a vis-à-vis de ceux qui en Indochine et en Algérie se sont battus pour elle et ont dû quitter leur pays pour ne pas être assassinés. Voilà la dette de la France.

Je veux que la France reconnaisse ses dettes, vis-à-vis des Harkis et des supplétifs d’Indochine et qu’elle les honore. Parce que nous devons honorer ceux qui se sont battus pour la France, avec sincérité, sans arrière pensée. C’est une question d’honneur et l’honneur, pour moi, est une vertu cardinale pour un homme, comme pour une nation. Il n’y a pas de grande nation si l’honneur n’est pas une vertu première.


La France, c’est le bien commun de tous les Français.
La France n’est pas à droite ou à gauche, elle va au-delà des partis, au-delà des croyances. Lorsque la France est affaiblie, c’est chacun d’entre nous qui s’en trouve affaibli.
La France, tous ceux qui se sont battus pour elle, de génération en génération, ne savaient au fond qu’une seule chose, c’est qu’ils ne voulaient pas la perdre.
Parce que ceux qui se sont battus pour leur pays, sentaient que c’était ce qu’ils avaient de plus précieux à transmettre à leurs enfants, parce qu’ils comprenaient, qu’en se battant pour leur patrie, ils se battaient pour eux.
Parce qu’ils avaient au fond de leur cœur le sentiment que ce lien mystérieux les rattachait à une destinée commune, exceptionnelle, à la grandeur de laquelle chacun avait sa part.

Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une seule et même histoire dont nous devons être fiers.
Et à ceux qui s’étonnent que je parle de la France, si un candidat à la présidence de la République française n’en parle pas, de quoi devrait-il parler ?

J’ai vu que je n’avais pas le droit de parler de Jaurès et de Blum. Mais quand Jaurès dit : « contre toute menace et toute humiliation, il faudra défendre la France, parce qu’elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu’elle est la France et parce qu’elle est humaine », je me sens l’héritier de Jaurès. Jaurès n’a pas parlé pour la gauche mais pour toute la France. Jaurès fait partie de ce patrimoine qui n’appartient à personne.

Et je veux pouvoir citer Léon Blum parce que je me sens l’héritier de l’enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot « vacances ».
Blum fait partie de l’histoire de la République française et la République française a commencé avant le Parti socialiste français, elle n’est pas sa propriété !

Oui, je me reconnais aussi dans Jules Ferry, dans Clemenceau, comme je me reconnais dans Péguy, dans Lyautey et dans le Général de Gaulle. Et je me réjouis quand des femmes et des hommes de gauche invoquent le Général de Gaulle, cela prouve qu’ils progressent, parce que le Général de Gaulle, c’est l’histoire de la France et que la France appartient à tous les Français.

La vérité de cette campagne est qu’il n’y a qu’une histoire de France et non pas deux, parce qu’il n’y a pas deux France mais une seule France.

La gauche qui proclame que l’Ancien régime n’est pas la France, que les Croisades ne sont pas la France, que la chrétienté n’est pas la France, que la droite n’est pas la France.
Cette gauche là, je l’accuse de communautarisme historique. Parce que justement, c’est la France.

Napoléon, en achevant la Révolution, n’a pas dit que la France commençait avec lui, il a dit : « De Clovis au Comité de Salut Public, j’assume tout ».
A Londres, le Général de Gaulle n’a pas demandé pas à Jean Moulin s’il était de droite ou de gauche.
Lorsque la Gestapo a décidé de prendre en otages Georges Mandel et Léon Blum et de les retenir prisonniers dans cette petite cabane en bordure du camp de Buchenwald, elle n’a pas fait de différence entre la France de gauche et celle de droite. Dans cette cabane, il n’y avait pas deux France à l’ombre sinistre des crématoires, il n’y en avait qu’une. Une France martyrisée dont nous devons honorer la mémoire, celle de Blum et celle de Mandel. C’est une seule et même France, la France éternelle.

François Mitterrand ne disait pas qu’il trahissait la gauche quand il allait parler de la mort avec Jean Guitton ou de littérature avec Jean d’Ormesson.

A ceux qui prétendent que l’on ne peut pas admirer à la fois Saint Louis et Carnot, je conseille de relire ce grand écrivain et historien, républicain et laïc qu’est Marc Bloch. Il écrit : « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux qui sont capables de lire sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».
La France est une synthèse. Les Rois ont rêvés cette unité. C’est la République qui l’a réalisée. Ceux qui ne comprennent pas que la France est une synthèse, ne comprennent pas l’histoire et la destinée de notre pays.

Il y a ceux qui veulent un Président de la République qui sera le porte-parole d’une partie de la France contre l’autre et il y a ceux qui veulent un Président qui parlera au nom de tous les Français. Je veux parler au nom de tous les Français car le président de la République est l’homme de la nation et non l’homme d’un clan, d’une secte, d’un parti.

Il y a ceux qui veulent attiser la lutte des classes et il y a ceux, dont je suis, qui disent que le sort de chacun dépend de celui de tous.

Il y a ceux qui sont attachés à l’identité nationale et qui veulent la défendre et il y a ceux qui pensent que la France a si peu d’existence qu’elle n’a même plus d’identité.
Moi, je crois à l’identité de la France, qui est faite de principes et de valeurs forgées au cours d’une très longue histoire. Je crois que ces valeurs sont universelles, qu’elles expriment une grande idée de l’homme et qu’elles ne sont pas négociables.

Je crois que la liberté de conscience n’est pas négociable.
Je crois que la laïcité n’est pas négociable.
Je crois que l’égalité de l’homme et de la femme n’est pas négociable.
Je crois que les droits de l’Homme ne sont pas négociables.

A ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu’une seule chose : qu’ils admettent que la France ne commence pas avec eux, mais qu’elle a commencé bien longtemps avant eux.
La France veut seulement qu’on l’aime et qu’on respecte ses valeurs, qu’on prenne en partage son histoire, qu’on se sente partie prenante de sa destinée.

Je vais le dire simplement, sans hausser le ton : il n’y a pas de place en France pour la polygamie, pour l’excision, pour les mariages forcés, pour le voile à l’école, pour la haine de la France.

On m’a reproché, la belle affaire, d’avoir dit que ceux qui méprisent la France, qui la haïssent, ne sont pas obligés de subir cette torture qui consiste à vivre dans un pays qu’ils n’aiment pas.
Mais qu’avons-nous d’autre à offrir à la France, à ceux qui veulent vivre en France, sinon d’abord la fierté d’être Français ?

Je crois qu’au cœur de l’identité de la France, il y a la langue française et que pour ceux qui veulent vivre en France, la maîtrise de la langue française est une exigence qui n’est pas négociable.

Je souhaite que le droit au regroupement familial soit subordonné à l’obligation de prouver qu’on a les moyens de loger sa famille. Pourquoi faire venir sa famille si l’on n’a pas un logement pour la recevoir ?
Et qu’il soit également subordonné au fait d’avoir les moyens de faire vivre sa famille par le fruit de son travail et non pas simplement par le fruit des allocations sociales.
Si l’on n’a pas les moyens de faire vivre sa famille, pourquoi la faire venir en France ?
Et je souhaite, que ceux qui viennent rejoindre leur famille aient l’obligation d’apprendre à parler le Français avant d’entrer sur le territoire national.

On m’a parfois insulté parce que j’ai osé dire que je voulais que la politique de l’immigration prenne en compte la question de l’identité nationale. Mais qu’est-ce qu’une politique de l’immigration qui ne viserait pas l’intégration sinon une politique qui encouragerait le communautarisme ?

Si nous n’expliquons pas ce qu’est l’identité nationale, ce qu’est la communauté nationale, chacun se tournera alors vers sa communauté d’origine.
On ne peut pas être à la fois contre l’intégration et contre le communautarisme. Prétendre le contraire, c’est mentir aux Français.

Et qu’est-ce qu’une intégration réussie sinon de se sentir français à part entière ? Sinon d’être fier d’être Français ?
Sinon d’avoir ajouté à sa culture d’origine, la culture française ?
Sinon d’avoir ajouté à l’identité qu’on apporte avec soi, l’identité française qui fonde le sentiment d’appartenance à cette communauté de destins qui s’appelle la France ?

Voici donc que nous n’aurions plus le droit de réfléchir à l’identité de notre pays. Voici donc que proposer à ceux qui veulent nous rejoindre, leur expliquer ce qu’est notre identité et leur dire que s’ils veulent nous rejoindre, ils devront accepter notre identité, deviendrait alors la marque d’un manque de générosité.
Ceux qui ont dit cela n’ont rien compris à l’histoire de France, à la démocratie et à la République françaises.


La lutte contre le communautarisme commence à l’école.
C’est par l’école que la France, si diverse et tant de fois déchirée, s’est rassemblée autour d’une culture commune et d’une morale partagée. J’ose le mot, morale, il ne me fait pas peur. Autour d’une même idée de l’homme.

L’école de la République, c’était le moyen par lequel se construisait la citoyenneté réelle. C’était là que se forgeait la culture partagée. C’était là que s’élaborait, se transmettait, se diffusait la morale commune qui pouvait être comprise et admise par tous, croyants et non croyants.

L’école de la République voulait parler à l’intelligence et au sentiment. C’était une école qui voulait éveiller les consciences.
C’était une école qui voulait instruire et qui voulait élever chacun le plus haut possible.
C’était une école qui avait le courage de dire que l’ignorant n’est pas libre et qui voulait aider l’enfant à devenir un adulte.

C’était une école où l’on ne craignait pas d’être exigeant, vis-à-vis des enfants, vis-à-vis des enseignants, vis-à-vis des parents.
Mais cette exigence permettait que chacun se respecte. L’école respectait les enfants, les enfants respectaient les enseignants, les enseignants respectaient les parents.

Pour les enfants, cette école voulait leur donner ce qu’il y avait de meilleur.
Les parents étaient aidés par la gratuité et par les bourses. Cette école voulait que les parents ne fussent choqués en rien par l’enseignement dispensé
Les professeurs, elle reconnaissait leur mérite, elle les valorisait, elle les soutenait. Ils avaient une place de choix dans la société.

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire un extrait d’un document qui a 130 ans et qui est d’une modernité extraordinaire. C’est la lettre de Jules Ferry. Il s’adressait ainsi aux instituteurs :
« Monsieur l’instituteur,
Déjà, on se sent dans une civilisation…
Vous êtes l’auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez qu’on parlât au vôtre.
Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s’en ressente.
Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour que de former une âme libre. »

Voilà comment on parlait aux enseignants, il y a 130 ans !
Cette école-là faisait la fierté de la République parce qu’elle avait des principes.
Cette école-là était belle parce qu’elle avait une morale.
Cette école-là était efficace parce que lorsque le ministre de l’époque prenait la plume, c’était la sienne et pas celle d’un lointain collaborateur. Quand il parlait ou écrivait, c’était du Français dont il s’agissait et pas d’un vague jargon administratif.
Voilà ce que je veux pour l’école de la République.

C’était une école qui récompensait le travail, qui promettait la liberté, qui parlait de dignité et de promotion sociale.

Est-ce plus compliqué, aujourd’hui en 2007, d’instruire les enfants du début du XXIe siècle, que ce ne l’était d’instruire les petits paysans ou les fils des prolétaires de la fin du XIXe siècle, enfermés dans des mondes clos de familles qui ne parlaient pas toutes le Français ?
C’est plus difficile pour nous ou c’était plus difficile pour eux ?
Face à la difficulté qu’ils ont surmonté, pourquoi, nous, devrions-nous nous incliner ?

Ce ne sont pas les moyens qui nous manquent. Ce qui nous manque c’est autre chose. L’origine de nos difficultés vient de ce que nos politiques éducatives ont cessé de faire référence à une idée de l’homme, héritée de l’humanisme des Lumières et qui était le fondement des valeurs de la République.

Le problème n’est pas technique ou financier, il est intellectuel et il est moral. C’est un problème moral, intellectuel, un problème de civilisation. Nous ne savons plus ce que nous voulons transmettre à nos enfants, donc nous ne leur transmettons pas.

Je vais me faire un autre petit plaisir. Pour le haut, j’ai cité Ferry. Pour le bas, je vais parler de mai 1968.

Avec mai 68, il s’est non plus d’élever chacun, mais d’abaisser le niveau de l’école pour le mettre à la portée du plus grand nombre. L’école n’a plus eu mission de tirer tout le monde vers le haut, au nom d’une certaine idée de ce que doit être un homme, mais de brader –j’emploie le mot à dessein - les diplômes pour remplir l’objectif quantitatif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat sans qu’on se préoccupe jamais des 20% qui restent sur le carreau. Beau résultat ! Belle idéologie !

Continuons. Le critère de réussite après 1968 est devenu celui du nombre et non plus celui du savoir, de la culture, de la sensibilité et de l’intelligence. Tout notre système de valeurs de l’école s’est effondré à ce moment-là.

Il s’est effondré parce que l’idéologie de 68 a imposé partout le relativisme intellectuel et moral.
Désormais tout se valait : plus de hiérarchie des valeurs –les deux mots deviennent obsolètes -, plus de hiérarchie des savoirs, plus de hiérarchie des œuvres.
Le dessin de l’enfant vaut celui de Michel-Ange et l’on demande à l’élève d’imaginer une autre fin au Cid, l’élève pouvant légitimement se prendre pour le rival de Corneille.
Ceci est une véritable anecdote. Il s’est trouvé un instituteur pour demander à ses élèves d’imaginer une autre fin au Cid. A-t-on jamais rien vu de plus ridicule ?

A la fin, c’est donc le principe d’autorité qui a déserté l’école, puisque ce que disait l’enfant devenait aussi important que ce que le maître avait à dire. On a laissé pensé aux enfants qu’ils étaient devenus l’égal du maître. Oubliant que l’enfant a vocation à dépasser le maître, mais qu’il doit accepter l’enseignement de son maître.
Avec l’autorité, c’est le respect qui a disparu, puisque la hiérarchie entre le maître et l’élève a été abolie.
Le résultat : plus d’injustice, plus d’inégalité, moins de promotion sociale.

Blum disait : L’émulation scolaire, c’est l’égalité vraie. Pourquoi la gauche française a-t-elle oubliée l’enseignement de Léon Blum ?

Avec l’école qui tourne le dos à l’exigence et à l’excellence - deux mots qui ne sont pas démodés -, tout se passe ailleurs.
C’est l’origine qui prime. L’inégalité sociale n’est plus corrigée par l’école. Plus l’école est défaillante pour compenser l’inégalité de la naissance, plus l’argent et le niveau d’instruction des parents jouent un grand rôle dans la destinée de l’enfant.

L’école ne sélectionne plus par l’exigence et par l’excellence. Elle sélectionne par la capacité des parents à compenser la défaillance de l’école. Je dénonce cette injustice !

Certes, les enfants d’aujourd’hui savent des choses que leurs grands-parents et même leurs parents ne savaient pas.
Cela ne compense pas la perte des repères et les lacunes des savoirs fondamentaux.
Cela ne compense pas l’affaiblissement de l’esprit critique.
Cela ne compense pas la difficulté de plus en plus grande de la jeunesse à exprimer ses pensées et ses sentiments.
Un jeune d’un quartier me disait un jour que ce n’était pas avec l’école qu’ils avaient un problème, ni avec l’emploi, c’est avec l’amour. Parce que quand on n’apprend pas à aimer, qu’on ne sait pas aimer, on ne sait pas communiquer.

Cela ne compense pas non plus le fait qu’avec l’interruption de la transmission du savoir, des valeurs et de la culture, les parents et les enfants finissent par ne plus pouvoir se comprendre.
Déjà les enfants ne comprennent plus de quoi leur parlent leurs parents quand ils leur parlent de culture. Et bientôt, si nous n’y prenons pas garde, faute d’un savoir partagé, faute d’une culture et d’une morale communes, ils ne se comprendront même plus entre eux.

Au bout de la défaillance de l’école, il y a la faillite notre système d’intégration. Il y a l’affaiblissement du sentiment d’appartenance à la nation. Il y a le communautarisme et les tribus. Il y a le chômage et l’exclusion.

Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette faillite. La plupart d’entre eux font preuve d’une grande compétence et d’un dévouement admirable, mais dans un système qui décourage toute initiative et tout effort. C’est admirable qu’il se trouve encore des enseignants pour faire plus que ce qu’on leur demande dans un système qui ne valorise en rien le mérite et la prise d’initiative.

Je n’accepte pas que l’on fasse des enseignants les boucs émissaires d’un désastre dont la politique est seule responsable.
C’est la politique qui a fait l’école de la République.
C’est la politique qui peut la défaire.

L’éducation, c’est ce par quoi devrait commencer tout projet politique.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non de donner de nouveau une priorité à l’enseignement de la morale et, j’ose le mot, du civisme à l’école. Si nous n’enseignons pas le civisme à l’école, où l’enseignerons-nous ?

Et à quoi sert-il de parler à tout bout de champ des droits des citoyens ? si nous n’expliquons pas à nos enfants que la contrepartie de ces droits de citoyens sont les devoirs du même citoyen. Parce qu’il n’y a pas de société sans contrepartie entre les devoirs et les droits.

Nous ne bâtirons pas la même société si nous ne décidons pas d’inculquer à l’école le goût de l’effort, du travail et de récompenser le mérite.
Il faut refaire de l’école une école du respect.
Il faut refaire de l’école une école où il y ait de l’autorité.

Je sais bien qu’un jeune se construit en transgressant. Mais s’il n’y a pas de règles, qu’est-ce que l’on transgresse ?

L’école est d’abord un lieu de transmission du savoir. Et je veux dire à tous les héritiers de 68 que l’école est un lieu de transmission du savoir avant d’être un lieu de contestation de la société.
Apprendre aux enfants à contester la société, la famille, les institutions, c’est trahir l’enfance parce que le rôle de l’école est de transmettre les valeurs éternelles de la société qui est la nôtre.

Je voudrais que l’on en finisse avec le nivellement par le bas, avec la dévalorisation des diplômes.
Ce n’est pas démocratiser l’école que de prétendre donner un diplôme qui ne vaut rien à tout le monde. Parce que dans ce cas-là, on pénalise celui qui a travaillé, celui qui s’est donné du mal et celui qui aurait mérité un diplôme valant quelque chose.

Il n’y a pas d’autre choix que de restaurer l’autorité du professeur et le respect. Cela passe par des petites choses. Mais quand le maître rentre dans la classe, il me semble naturel que les élèves, en signe de respect, se lèvent pour témoigner à leur maître le respect de celui qui va leur apprendre.

Je souhaite une éducation qui fasse redécouvrir aux enfants le plaisir de la connaissance, qui vient après le long effort de la pensée, qui leur fasse aimer le savoir, comme la récompense du travail et de l’intelligence.

Je voudrais que tous les enfants, quand ils seront devenus adultes, aient un jour envie d’écrire à leur instituteur : « Merci de m'avoir rendu curieux de ce qui est beau».
Nos enfants le pourront-ils, si nous négligeons encore l’école ?
Si nous les laissons sans valeur et sans repère ?
Si nous renonçons à la culture commune qui permet aux hommes de se parler et de se comprendre ?
Si nous ne leur enseignons plus la morale, le civisme, la grandeur de la raison ?
Si l’enfant qui fait quelque chose de mal n’est pas sanctionné ?
Si le maître ne fait pas respecter son autorité, tout en respectant dans chaque enfant les possibilités infinies de l’adulte en devenir ?

Mais il faut avoir le courage de tenir à la jeunesse le langage de la vérité. Le courage c’est nous qui devons l’avoir.
Le courage c’est ne jamais laisser impuni le jeune qui commet une faute.
Le courage c’est que la sanction soit rapide et proportionnée à la faute pour que l’enfant ou l’adolescent mesure la gravité de son geste.

Je veux une école où l’on soit juste, et en même temps ferme.
La jeunesse cherche toujours des limites. On ne rend pas service à l’enfant en lui pardonnant tout. Ce n’est pas parce que l’enfant s’affirme en disant non qu’il faille toujours lui dire oui.

C’est mépriser la jeunesse que de lui laisser croire qu’elle a toujours raison, que tout lui serait dû. On méprise la jeunesse. Quel exemple donnerons-nous à la jeunesse si les multirécidivistes n’ont rien à craindre ? Si les mineurs peuvent se livrer aux pires excès sans être punis ?

On m’a reproché d’avoir employé un jour le mot racaille pour désigner les voyous qui empoisonnent la vie des gens. Mais où allons-nous si les voyous ne peuvent même plus être appelés des voyous ?
C’est extraordinaire, l’hystérie qui peut s’emparer d’une petite élite parisienne, d’un pensée unique. On m’a demandé au sujet des émeutiers de la gare du Nord si je regrettais de les avoir traité de voyou. J’ai répondu non !
On m’a également questionné sur le fait que les voyous de la gare du Nord ne m’aimait pas. J’ai répondu qu’ils avaient raison, ce ne sont pas des amis, je le confirme, même pas des relations !

Pour tout dire, j’ai trouvé consternant qu’une candidate et un candidat à la présidence de la République devant un fraudeur multirécidiviste mettent en cause la police de la République, les fonctionnaires de la République et lui cherchent des excuses.
Moi, je veux dire aux fonctionnaires qu’ils ont fait un bon travail, que je les félicité pour leur courage, leur maîtrisez et leur sang-froid.
Je veux dire à ces fonctionnaires qu’ils ont fait honneur à la République française.
Je veux dire à ces fonctionnaires qu’ils peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait et qu’ils peuvent venir avec nous, parce que nous, nous ne les mettrons jamais sur le même plan que les voyous, les émeutiers, les fraudeurs et les délinquants. Voilà la réalité.

Je le dis comme je le pense : le premier devoir d’un Président de la République est de faire respecter les lois de la République.
Prendre le parti des délinquants et les fraudeurs. Faire porter sur la police la responsabilité des violences, cela s’appelle prendre le parti des fraudeurs et des délinquants, c’est la vérité !

Et la fraude, chacun devrait le savoir, c’est le contraire de la République.
La fraude, c’est le contraire de la justice.
La fraude, c’est un impôt forcé sur ceux qui travaillent dur.

Si l’on pardonne à celui qui fraude, pourquoi les honnêtes gens devraient-ils payer leur billet ?
Pourquoi les honnêtes gens devraient-ils accepter les contrôles ?
Pourquoi les honnêtes gens devraient-ils baisser la tête ?
Simplement, parce qu’un fraudeur se comporte de cette façon ?

Mais au bout du compte, je voudrais rappeler à tous ceux qui trouvent des excuses que c’est vous qui payez. C’est votre argent, l’argent de votre travail.
Si je suis président de la République, je n’accepterai pas qu’on dilapide votre argent en laissant impunis des fraudeurs, des tricheurs et des truqueurs. Voilà ma conception de la République française.

Mais ce n’est pas fini, car depuis, il y a encore eu mieux ! C’est un feuilleton, on ne s’en lasse jamais…
La bonne conscience dit que pour diminuer la fraude, il n’y a qu’à donner la gratuité. C’est sûr.
Sur l’initiative du conseil régional socialiste d’Ile-de-France qui veut donner la gratuité des transports en commun aux Rmistes. Cette bonne conscience ne veut pas voir qu’ainsi, on enferme nos concitoyens dans l’assistance.
Pensez donc, s’ils retrouvent un travail, ils perdront le bénéfice de la gratuité. C’est sans doute ce que les socialistes appellent encourager le travail. Si je ne travaille pas, c’est gratuit. Si je travaille, je paye. Bravo !

C’est extraordinaire de les entendre ainsi. Ils sont « inarrêtables ». Un Rmiste a droit au logement, au transports gratuits, à la voiture, aux vacances, à tout ce que vous voulez. Mais moi je dis aux Rmistes de France : je vois donnerai le droit à la formation pour occuper un travail, parce que la seule façon de vivre debout est de vivre du fruit de son travail pas de son assistance.

Il faut se méfier de cette politique de la bonne conscience qui ne veut jamais voir les conséquences de ce qu’elle prône.

La bonne conscience veut que les sans papier soient régularisés, mais elle ne veut pas voir que l’immigration clandestine fait la fortune des marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule, qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux, dont ils profitent de la détresse et qui sont souvent employés dans des conditions honteuses.

Accepter d’accueillir toute la misère du monde, c’est tirer toute la société vers le bas. C’est faire le malheur des immigrés que l’on n’arrive plus à intégrer, et le malheur de tous les autres.
Ce sont comme toujours les plus modestes qui payent le plus cher: le jeune de 20 ans qui meurt asphyxié dans sa cachette ou qui coule au fond de l’océan avec sa pirogue ; les familles brûlées vives dans des hôtels sordides où elles s’entassent parce qu’on ne sait pas où les loger.
En régularisant tous les sans-papiers, on incite une masse croissante de malheureux à immigrer clandestinement dans l’espoir d’être régularisés un jour et l’on fait monter le ressentiment chez ceux qu’on accueille si mal et chez ceux qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays.

Si je suis président de la République, il n'y aura pas de régularisation globale des sans-papiers.
En quatre ans de ministère de l’Intérieur, ce qui m’a le plus choqué, c’est quand la justice a demandé l’évacuation du squat de Cachan, le plus grand squat de France. C’était une décision de justice, je la fais exécuter.
Et je vois un défilé, certes peu nombreux, de personnalités que l’on appelle « people » venus se faire photographier opportunément, quelques minutes avant le 20 heures. Ils avaient certainement peu de temps à passer à Cachan, cela n’a pas duré longtemps. Ils ont été filmés pour dire que l’évacuation était un scandale.
En moi-même, je me disais, si ce quat avait brûlé, si des enfants étaient morts, les mêmes seraient venus dénoncer le ministre de l’Intérieur dans cœur qui aurait toléré sur le territoire sur le territoire de la République ce que nous n’avions pas à tolérer.


La crise d’identité elle est dans la démoralisation de France qui travaille ou qui ne demande qu’à travailler.
Je veux rendre au travail sa valeur morale et sa capacité à émanciper. .
Je veux rendre au travailleur la première place dans la société.
C’est tout le sens de mon projet politique : je veux redonner au beau nom de travailleur le prestige qu’il a perdu, parce qu’en abaissant le travailleur, on a abaissé l’Homme.

Je veux réhabiliter le travailleur qui a été trop longtemps ignoré par la droite et qui a été trahi par la gauche.
La fin du travail est un mythe. Le grand problème de la France, c’est qu’elle travaille moins quand les autres travaillent plus.

Le problème de la France c’est que l’on ne travaille pas assez. C’est quand même une idée curieuse de dépenser 22 milliards d’Euros chaque année pour empêcher les gens de travailler ! C’est une idée étrange…
A bien y réfléchir, on comprend que nous soyons les seuls à travers le monde à avoir épousé cette cause. Remarquez, ce qui est formidable avec les 35heures, c’est que c’est la seule idée où il n’y a pas besoin de déposer un brevet pour la protéger…

On parle toujours des pauvres qui n’ont pas de travail. On a raison d’en parler et de se battre pour eux. Mais je veux mettre au cœur de cette campagne une autre catégorie de pauvres, ceux qui le sont alors qu’ils travaillent toute la semaine. Le travailleur pauvre, je ne l’accepte pas !
Etre pauvre parce que l’on n’a pas de travail, je peux le comprendre et c’est certainement une injustice. Mais être pauvre alors que l’on travaille, mais qu’est-ce qu’il faut faire pour s’en sortir ?

Il est vrai qu’en France les salaires sont trop bas parce que les prix sont trop hauts et les charges trop lourdes.
Il faut récompenser le travail, le respecter et le valoriser.


A quoi sert la politique si l’on ne peut rien faire sur rien ?
A quoi sert la politique si la seule loi qui s’impose est celle de la rentabilité à court terme ?
A quoi sert la politique si elle se contente d’accompagner une sorte de sélection naturelle qui fait triompher le fort et anéantit le faible ; si elle ne donne pas sa chance à chacun, à chaque territoire ?
A quoi servons-nous ?
Pourquoi suis-je candidat si nous ne pouvons rien changer sur rien ?
Et vous, pourquoi être venus par milliers et par milliers ?

Je veux moraliser le capitalisme.
Je veux faire prévaloir la logique de la production sur celle de la rente et de la spéculation.
Je veux revaloriser le travail.

Là encore, que les choses soient claires. Je me bats pour la liberté et le capitalisme. Mais je n’accepte pas que ceux qui ont conduit leur entreprise à la ruine partent avec un golden parachute et des indemnités scandaleuses.
Je ne veux pas que l’on assimile nos idées à cela.
Quand on travaille plus et que l’on prend plus de risques, il est normal d’être plus rémunérés. Mais quand on a un golden parachute, il n’y a pas de risque, il n’y a donc pas de raison d’avoir une grosse rémunération.

Je n’accepte pas que dans une entreprise l’on puisse réserver des plans de stock-options pour quelques-uns, et ignorer l’immense majorité des salariés qui tous concourent à la production de richesses de l’entreprise.
Dans les valeurs qui sont les miennes, ce ne peut pas être toujours les mêmes quand ça va bien et toujours les mêmes quand ça va mal.

Lorsque nous avons sauvé Alstom, j’avais dit aux salariés en 2004 que nous n’augmenterions pas les salaires. Mais quand Alstom a retrouvé le chemin des profits, j’ai dit à ses dirigeants que la logique voulait que l’on récompense les ouvriers et les salariés qui avaient fait la richesse de l’entreprise.


Oui, je veux parler des délocalisations.
Je n’aime pas le raisonnement qui dit que les délocalisations ne sont pas importantes, peut-être pas pour qui n’est pas concerné, mais pour celui qui les subit, que fait-il ?
Au lieu de payer 5 milliards d’Euros chaque année pour financer des préretraites et envoyer à la retraite des femmes et des hommes de 50 ans qui ont tant à faire.
Je propose que cet argent soit mis pour la réindustrialisation des bassins industriels qui en ont besoin.
Je n’accepte pas cette idée que toutes nos usines doivent partir, parce que le jour où elles seront parties, tout le reste partira avec.

Je veux que l’on investisse dans l’innovation, dans la recherche.
Je veux que l’on expérimente la TVA sociale. Parce que si nous continuons à taxer le travail, il n’y aura plus de travail possible dans notre pays. Et je trouve normal de taxer nos importations pour financer notre protection sociale.


Je veux enfin pouvoir parler librement de l’Europe.
J’ai toujours dit oui à l’Europe, je suis un européen convaincu.
Et après avoir vu à Verdun ce qui s’était passé, après ce voile noir de quatre décennies sur Strasbourg et sur l’Alsace, je sais parfaitement ce que nous devons à l’Europe.
Mais nous n’avons pas fait l’Europe pour qu’elle soit le cheval de Troie de la mondialisation. Nous avons fait l’Europe pour protéger, pour la préférence communautaire. Et si nous ne sommes pas capables de défendre cette préférence communautaire, alors nous ne sommes pas d’accord sur l’idée que nous nous faisons du projet européen.

Nous avons fait l’Europe pour qu’elle ait des frontières. L’Europe n’a pas vocation à s’élargir à tous les pays du monde. Si je suis président de la République, la Turquie n’aura pas sa place au sein de l’Union européenne, parce que la Turquie, c’est l’Asie Mineure.

J’ai voté l’Euro et je crois que c’est une réussite. Mais je veux pouvoir poser le débat de la stratégie des changes et des taux d’intérêts de l’Euros.
Je me souviens de Lionel Jospin dire qu’un homme politique qui parlait de la monnaie était un irresponsable. Je conteste cette idée. Au nom de quoi n’aurions-nous pas le droit d’en parler ?

Je veux mettre la monnaie au service de l’emploi et de la croissance. Est-ce que quelqu’un peut me dire qu’il est normal que l’Euro se soit réévalué ces huit derniers mois de 32% par rapport au dollar ?
Qui ne voit que l’on est en train de tuer les entreprises françaises et européennes avec une stratégie qui fait du dumping monétaire à notre détriment ?
Est-ce que cela veut dire que l‘on et un mauvais européen parce que l’on veut faire de la deuxième monnaie du monde ce que les Américains font avec le dollar ?

Quand le président Clinton, il y a quelques années, est venu s’agenouiller devant les Chinois pour leur demander de réévaluer le Yuan, les Chinois ont dit merci, nous vous avons bien écouté mais nous vous entendrons une autre fois. Quand les Japonais se sont trouvés pendant 10 ans confrontés à une crise économique sans précédents, ils se sont servis du Yen.
Regardez les Anglais en Europe, ils se servent tous les jours de la Livre sterling pour avoir 1% de croissance de plus que nous.
Nous n’avons pas fait l’Euro pour avoir moins de croissance que les autres, mais davantage.

Nous avons construit la zone Euro, si je suis président de la République, je demanderai au ministre des Finances d’aller porter la question de la moralité du capitalisme financier dans la zone Euro.
Je veux m’en expliquer. Le capitalisme est fait pour créer de la richesse pas pour les prédateurs et les spéculateurs. Va-t-on encore tolérer longtemps, au sein de la zone Euro, que des fonds de capital risques puissent acheter une entreprise en empruntant des fonds, qui sont par ailleurs contre garantis, en vendant l’entreprise par appartement, en licenciant 25% du personnel et en empochant une plus value. Cela s’appelle de la spéculation et ce n’est pas le capitalisme dont nous voulons en Europe.

Alors, on me dit : mais, Nicolas, toutes ces idées sont formidables mais les autres ne sont peut-être pas d’accord… Et alors ? Il ne faut donc avancer une idée que si tout le monde en est d’accord. Nous n’avons donc le droit de parler en Europe que si l’on se et d’accord sur le plus petit dénominateur commun ?

Alors, mes chers amis, ne nous étonnons pas si, lors d’une prochaine consultation, le « non » ne soit pas à 55 mais à 60 ou 65% ! Parce que l’on désespère les européens dont je suis à refuser le débat et agir de la sorte.
Voilà ce que j’avais envie de dire, ici, dans cette région Rhône-Alpes.

J’ai toujours choisi l’Europe et je n’accepte pas de leçons sur le sujet. Mais je n’accepte pas davantage que ce soit un Commissaire européen qui aille négocier à l’OMC et expliquer que nous allons échanger notre agriculture contre nos services, que nous allons abaisser nos barrières de protection alors que les autres ne le font pas.
Je dis non à la naïveté, je veux la réciprocité dans les négociations. Nous devons nous défendre, il n’y a aucune raison de sacrifier nos emplois, nos intérêts et nos entreprises.
Si nous avons fait l’Europe, c’est pour être plus fort et non moins fort.


***

Je veux que l’on puisse parler de la nation, sans être accusé d’être un nationaliste.

Je veux que l’on puisse dire que le rôle d’un politique, d’un président de la République, est de protéger, sans être accusé de protectionniste.

Je veux que l’on puisse parler de la stratégie monétaire de l’Euro, sans être accusé de ne rien comprendre à l’Europe.

Je veux que l’on puisse mettre une frontière à l’Europe, sans être accusé de faire un nationalisme d’un autre temps.

Je veux que l’on puisse parler de l’immigration, sans être accusé d’être raciste.

Je veux que l’on puisse dire que l’on est fier d’être Français, sans être accusé d’être extrémiste.

Je veux que l’on puisse parler librement en France.
Je veux que vous puissiez penser librement.

Mes chers amis, il reste un mois, saisissez cette chance pour penser, parler et réfléchir librement.

Je sais parfaitement que dans cette foule immense il y en a un certain nombre qui ont pu éprouver à notre endroit, au mien compris, de la déception, le sentiment d’avoir été déçu parfois trahi.
Je sais que certains se demandent s’ils peuvent me croire ? Si je ferai ce que je dis ?
Je sais qu’ici des femmes et des hommes sont venus me donner leur dernière chance et sont venus partager avec nous, mais ils se disent que si je leur mens, on les y reprendra plus.
Je sais que ce sentiment existe, je sais que certains le pensent.

Je sais que parmi vous certains font le choix de ne plus voter et même d’autres ont fait le choix de voter pour le Front national.
Je n’accepte pas le procès qui nous est fait. Ce qui sont partis pour le Front national le l’ont pas fait parce qu’ils pensaient que Le Pen était une espérance, il suffit de le regarder, ils sont partis non pas parce que le Front national est une espérance, mais parce que nous, nous les avions désespérés à force de donner le sentiment que nous n’étions pas décidés à défendre les valeurs qui sont les nôtres.
J’ai cela en tête et tous ceux qui sont ici l’ont en tête. Et c’est une lourde responsabilité.


Maintenant, mes chers amis, il ne s’agit pas de mon combat, je ne peux rien seul.
Il s’agit de l’idée que vous vous faites de la France.
Il s’agit de l’avenir que vous voulez pour vos enfants.
Dans 5 semaines, il sera trop tard.

Moi, je n’ai pas besoin de vous comme des spectateurs engagés, qui applaudissent.
J’ai besoin de vous comme des acteurs, des citoyens, des Français.
Comme des femmes et des hommes libres qui veulent vivre debout et qui disent : maintenant, nous sommes la majorité silencieuse et nous en avons assez que l’on parle en notre nom d’idées qui ne sont les nôtres.

Voilà ce que je veux que vous disiez à la France entière !

Oui, j’ai besoin de vous debout, de vous qui croyez en la France, qui croyez dans notre projet.
Mes chers mais, si vous le voulez et si nous sommes ensemble, nous pouvons gagner.
Si vous le voulez, si vous y croyez, nous pouvons faire reculer la fatalité.

Je n’ai que deux choses au fond de moi, j’ai envie de vous dire :
Vive la République !
Et par-dessus tout, j’ai envie de vous dire : Vive la France !


 

 

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