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Nicolas Sarkozy invité de l'émission A vous de Juger

A VOUS DE JUGER
FRANCE 2

Le 30/11/2006

Première partie

Arlette CHABOT

Bonsoir, merci de nous rejoindre, la campagne présidentielle va sans doute vraiment démarrer ce soir. Les socialistes ont choisi leur candidate, Ségolène ROYAL et ce soir c’est Nicolas SARKOZY qui est avec nous. Nicolas SARKOZY, candidat qui va dévoiler son programme devant vous autour de quatre thèmes, la sécurité, le pouvoir d’achat, l’immigration et l’éducation. Bien sûr il répondra à des questions de Français qui sont là autour de moi et autour de lui tout à l’heure, il répondra aussi à des questions d’experts et de journalistes. Nicolas SARKOZY, candidat à l’élection présidentielle est donc notre invité ce soir. Bonsoir Nicolas SARKOZY.


Nicolas SARKOZY

Bonsoir Arlette CHABOT.


Arlette CHABOT

Merci d’être avec nous. Alors avant de répondre à des questions.


Nicolas SARKOZY

Merci de m’avoir invité.


Arlette CHABOT

Je voudrais d’abord qu’on revoie ensemble le chemin que vous avez parcouru pour arriver là à ce moment de la candidature à l’élection présidentielle. Donc on va reprendre le chemin avec vous et on va suivre Michael DARMON.


Michael DARMON

Ca commence sur un plateau de télévision, c’est sa première et il a déjà tout compris.


Nicolas SARKOZY, 20 ans, étudiant

Ce que tu dis est d’autant plus vrai qu’aujourd'hui la moitié des chômeurs sont des jeunes, près de 500 000 et pour eux le problème du choix du métier, de l’entreprise où on va aller, ça n’a aucun sens. Il n’y a pas de travail et cela c’est intolérable.


Michael DARMON

Le jeune Nicolas surveille la caméra, c’est clair, il adore ça. Mais qu’est-ce qui le fait courir durant toutes ces années ?


Guillaume SARKOZY, frère de Nicolas SARKOZY, chef d’entreprise

Je dirais le résumé de Nicolas, c’est qu’il a toujours eu envie alors envie, gamin il avait sûrement envie de choses qui n’étaient pas possible, donc il s’est démarqué par le pouvoir, par l’envie d’arriver de faire des choses.


Andrée SARKOZY, mère de Nicolas SARKOZY

Il était très coléreux, assez bagarreur avec ses frères, mais vraiment sympa en ce sens qu’il avait quelque chose de très caractéristique, il n’avait peur de rien.


Michael DARMON

Même pas peur quand il pique la mairie de Neuilly à 28 ans.


Nicolas SARKOZY

On apprend à faire de la politique. Ca obéit à un certain nombre de règles, c’est beaucoup de sacrifices, mais c’est en même temps énormément de joies. Si c’était à refaire, je referais.


Andrée SARKOZY

Moi, je pensais qu’il serait soldat parce qu’il avait la manie de faire des défilés militaires, il y avait des soldats plein la chambre, des bâtiments militaires. J’ai toujours pensé qu’il serait soldat.


Michael DARMON

Le fils du réfugié hongrois sera le soldat de Jacques CHIRAC, l’aide de camp de Charles PASQUA, le lieutenant d’Edouard BALLADUR. Il mène toutes les batailles d’un homme pressé, toujours sur la brèche.


Alain DUHAMEL

Une dernière question, on vient de parler de 2007, quand vous vous rasez le matin, là vous pouvez penser à autre chose qu’au ministère de l’Intérieur, est-ce qu’il vous arrive à ce moment là de penser à l’élection présidentielle ?


Nicolas SARKOZY

Pas simplement quand je me rase.


Michael DARMON

Et c’est parti pour la saga SARKOZY, ministre, président de l’UMP, candidat du matin au soir. Qu’il soit entouré de policiers ou d’ouvrières textiles, il est adepte du ton direct.


Nicolas SARKOZY

Je sais bien que des discours vous en avez entendu, il y en a une qui me regarde en souriant, avec les bras croisés, elle n’a rien dit mais j’ai déjà tout compris. Elle est en train de se dire exactement, ce qu’il dit c’est pas mal, mais s’il est en situation est-ce qu’il le fera ? C’est pas ce qu’elle dit, c’est pas ce qu’elle pense ? Exactement.


Michael DARMON

Il est aussi l’ami des vedettes et des célébrités. C’est normal, il veut être en haut de l’affiche.


Richard VIRENQUE

C’est juste pour l’accompagner pour qu’il se maintienne un peu en forme. Ce que je lui conseille faire un peu de footing, un peu de vélo, du sport et là il aura les dents longues, comme il peut les avoir.


Nicolas SARKOZY

Et puis tu sais comme toi dans Paris Tours, tout droit, le peloton derrière, jamais rattrapé.


Michael DARMON

SARKO devient un logo, on aime ou on n’aime pas, SARKO mania ou SARKO phobie, dans les deux cas il n’a pas peur des mots, qui lui reviennent en boomerang.


Nicolas SARKOZY

Vous en avez assez, vous en avez assez de cette bande de racailles, on va vous en débarrasser.


Michael DARMON

Nicolas SARKOZY est un caléidoscope, inclassable, il est un solitaire toujours entouré, un fonceur qui prend son temps, un ambitieux qui doute.


Nicolas SARKOZY

Jeune, j’ai été ému par la célèbre prière de Michel ANGE, seigneur accordez moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir, eh bien c’est ce que je veux souhaiter à chacun d’entre vous, que dans vos vies, dans chacune de vos vies, vous gardiez toujours l’envie.


Michael DARMON

32 ans plus tard, son œil repère toujours la caméra. Nicolas SARKOZY prononce aujourd'hui les paroles qu’il a en tête depuis ses 20 ans.


Nicolas SARKOZY

Le moment approche où enfin on va pouvoir dire les choses en toute liberté.


Michael DARMON

Il dit souvent ce n’est pas moi qui ait choisi la politique, c’est la politique qui m’a choisi. Ce soir Nicolas SARKOZY se présente devant les Français.


Arlette CHABOT

Alors Nicolas SARKOZY, vous êtes différent depuis hier, j’ai lu, tous les Français ont lu que vous étiez officiellement candidat à l’élection présidentielle, est-ce que vous pouvez nous le dire ?


Nicolas SARKOZY

Oui, je serais candidat à l’élection présidentielle. C’est une décision que j’ai mûrement réfléchi, c’est une décision qui m’engage, je veux que les Français retrouvent confiance dans la parole politique et dans les hommes politiques. Je veux décliner ces deux valeurs que sont la confiance, confiance dans la parole donnée et le respect.


Arlette CHABOT

Alors vous dites c’est l’affirmation d’une ambition en fait ou c’est la bataille de toute une vie, c’est une ambition personnelle, non ?


Nicolas SARKOZY

Bien sûr qu’il y a un projet et ma grande ambition, j’aime mon pays, je ne me résous pas à l’idée que tous ceux qui veulent s’en sortir se disent que les choses sont figées dans mon pays. Je voudrais que chacun comprenne que si le matin en se levant il peut enfin se dire tout est possible, tout peut devenir possible, je ne parle pas de celui qui gagne, je ne parle pas des champions, je ne parle pas des vainqueurs, je parle de celui qui pense que ce n’est jamais pour lui. De celui que la vie a cassé, de celui que la vie a brisé, de celui qui a mis un genou à terre. Je veux lui dire, tout peut devenir possible. Il y a eu une fracture, une brisure en France, il y a 30 ou 40 ans, pour nous tous les enfants des années 60, l’avenir, c’était une promesse, l’avenir est devenue une menace. Tout peut redevenir possible en France, c’est mon ambition.


Arlette CHABOT

Alors petite question comme ça, avant d’annoncer officiellement votre candidature, vous avez appelé qui, votre mère, vos frères, ou Jacques CHIRAC ?


Nicolas SARKOZY

Non personne.


Arlette CHABOT

Personne ? Ils étaient déjà au courant.


Nicolas SARKOZY

C’est un curieux mélange, ça va ensemble ?


Arlette CHABOT

Non, pour savoir si c’était plus personnel, c’était plus personnel, vous aviez envie de vous confier à quelqu’un avant de dire, ça y est, on le sait que vous êtes candidat depuis longtemps, mais le fait de le dire, on a l’impression qu’effectivement, bon on passe à une autre étape.


Nicolas SARKOZY

Ce n’est pas tout à fait cela, d’abord c’est une décision qui est très personnelle, qui engage celui qui est candidat parce qu’il prend des responsabilités devant les Français. Je n’ai pas envie de mentir aux Français. Je pense que ça fait trop longtemps que le débat politique souffre d’un manque d’authenticité, d’honnêteté, de transparence. Je veux tout dire, tout expliquer et s’il y en a avec qui j’ai parlé, c’est ceux qui me sont les plus chers, ceux qui vivent avec moi, et qui sont naturellement engagés par cette décision, qui est la décision d’une vie. Vous dites, vous avez toujours été candidat, non, non. J’ai toujours pensé qu’un jour je serais candidat.


Arlette CHABOT

Il y a moment quand même vous vous êtes dit ça y est je vais y aller, non, mais un jour vous vous êtes dit ça y est c’est mon tour ?


Nicolas SARKOZY

Non entre penser qu’un jour on est candidat, on sera candidat et dire qu’on est candidat, c’est une responsabilité immense qu’on prend devant des millions de gens. Il y a beaucoup de gens qui souffrent et qui se demandent aujourd'hui est-ce que finalement le fin mot de la politique c’est pas le mot fatalité ? Moi, le mot fatalité ne fait pas partie de mon vocabulaire, j’ai envie de bouger les choses, je prends l’ordre, mais je n’accepte l’ordre que s’il est en mouvement. J’aime ces deux choses, le mouvement et l’ordre, la France ne peut pas rester immobile et je veux apporter ce changement.


Arlette CHABOT

L’ordre juste, non ?… quelqu’un d’autre Ségolène ROYAL…


Nicolas SARKOZY

Non parce que l’ordre juste, c’est juste de l’ordre. L’ordre juste, c’est juste de l’ordre. Et l’ordre s’il n’est pas en mouvement, alors il stérilise des injustices, et je veux être celui qui démontre qu’on peut faire reculer les injustices en France, que tout peut devenir possible. C’est la rupture tranquille.


Arlette CHABOT

Oui alors on va revenir, juste une chose, vous dites quand même c’est important quand on est candidat à l’élection présidentielle, vous regardez les Français en face et vous leur dites, je suis capable de conduire notre pays. Vous vous sentez capable, prêt à le faire ?


Nicolas SARKOZY

Oui, je suis capable, je me sens la force de proposer une alternative. Je dis aux Français, à tous les Français, pas simplement aux Français de droite, ou Français de l’UMP, j’ai envie qu’on fasse exploser le clivage. Je dis aux Français, à tous ceux qui veulent un espoir pour leurs enfants, à tous ceux qui ne se résignent pas à la fatalité du chômage, de l’insécurité, des injustices, on peut faire bouger la France. La France, c’est ce pays magique qui a une longue histoire mais qui a un avenir devant elle. Les choses peuvent changer. Je ne me résous pas à cette situation où un Français sur deux ne vote pas. Il ne vote pas pourquoi ? Parce qu’il dit, ça sert à quoi de voter ? Et quand ceux qui votent, il y en a un quart qui votent pour les extrêmes, ils votent pour les extrêmes pourquoi ? Pas parce que les extrêmes représentent un espoir, mais parce que les partis républicains ne proposent pas une alternative crédible, je veux tout dire avant l’élection parce que je ferais tout après l’élection et ça c’est un véritable pacte de confiance, un pacte républicain, je veux une nouvelle relation entre les Français et la politique.


Arlette CHABOT

Alors quand même vous dites, les Français votent en grande partie pour les extrêmes, on se souvient de 2002. On voit Jean-Marie LE PEN aujourd'hui, il est entre 12 et 17 % selon les instituts de sondages, ce n’est pas un échec que vous ressentez après cinq ans de gouvernement ?


Nicolas SARKOZY

Mais on verra où est monsieur LE PEN, mais il a été trop longtemps instrumentalisé. Pourquoi des électeurs, des Français votent-ils pour LE PEN ? Pas parce que LE PEN représente un espoir quand même, les gens sont lucides, ils savent parfaitement bien qu’il ne gouvernera jamais. Mais parce que nous, nous les avons désespéré dans le passé, eh bien je veux que ça change. On peut être un républicain passionnément modéré comme je le suis, et proposer une alternative forte. Je pense que les choses ne doivent pas continuer.


Arlette CHABOT

Mais il y a 5 ans de gouvernement de droite, Nicolas SARKOZY aujourd'hui.


Nicolas SARKOZY

Mais bien sûr et alors…


Arlette CHABOT

Il y a une responsabilité quand même si Jean-marie LE PEN est toujours aussi haut, on va dire mais qu’a fait la droite pendant cinq ans ?


Nicolas SARKOZY

D’abord vous ne savez pas ni vous, ni moi nous ne savons s’il est toujours aussi haut, arrêtons d’instrumentaliser Jean-Marie LE PEN. Il y aura des élections dans cinq mois, il sera bien temps de dire s’il est haut ou s’il est bas, pour l’instant vous n’en savez rien. Mais moi je suis un responsable politique, il y a eu un certain nombre de tsunamis politiques, LE PEN au deuxième tour de 2002, la France qui dit “ non ” à la Constitution européenne, la droite qui perd 20 régions sur 22. Alors qu’est-ce qu’on attend de moi ? Que je dise il n’y a qu’à continuer comme avant ? Qauand je propose la rupture, c’est pour faire différemment, ce n’est pas pour rogner le passé, ce n’est pas pour rogner un bilan, ce n’est pas pour attaquer qui que ce soit, notamment le président de la république, c’est parce qu’il y a une histoire…


Arlette CHABOT

C’est pas la rupture avec Jacques CHIRAC pour qu’on comprenne bien ?


Nicolas SARKOZY

Mais non parce qu’il y a une histoire, pour les 5 ans qui viennent, qu’est-ce qu’on propose ? Eh bien moi je ne propose pas de continuer exactement de la même façon parce que je me sens porteur d’une autre alternative et cette rupture que j’ai mis en œuvre pour la politique de sécurité, d’immigration de la France, je veux la mettre en œuvre pour la France dans son ensemble. Et surtout je veux parler à tous les Français. Parce que chaque Français aura sa place dans cet avenir que je veux proposer.


Arlette CHABOT

Alors justement vous avez revendiqué depuis longtemps le mot de rupture, mais alors maintenant vous dites rupture tranquille, c’est parce que le mot rupture tout seul faisait un peu peur quand même, pouvait inquiéter ?


Nicolas SARKOZY

Ce n’est pas cela Arlette CHABOT, c’est parce que je sens profondément le désir de changement chez les Français. Changement de méthode, changement de génération, changement de perspective, beaucoup plus ambitieux et en même temps il y a un désir de protection. Il y a un désir de rassemblement. Le mot protéger ne me fait pas peur, parce que les femmes et les hommes qui voteront veulent un président de la république qui ait une vision pour la nation française. Qu’est-ce que c’est qu’être Français ? reparler de la France, qu’est-ce qu’on fera de la France ? Qu’est-ce qu’elle va devenir ? Et en même temps il y a ce besoin de changement et ce besoin de protection, il faut incarner les deux, c’est toute la difficulté du challenge présidentiel.


Arlette CHABOT

Alors la rupture, aujourd'hui beaucoup ont l’impression que c’est Ségolène ROYAL qui l’incarne d’abord parce que comme elle dirait, ça se voit, c’est une femme et puis deuxièmement effectivement elle n’a pas gouverné pendant cinq ans.


Nicolas SARKOZY

Alors c’est une drôle de définition de la rupture alors.


Arlette CHABOT

Et puis deuxièmement, voilà c’est la gauche, donc l’alternance, elle est du côté de Ségolène ROYAL, pas du côté de Nicolas SARKOZY.


Nicolas SARKOZY

Ecoutez, d’abord moi je ne suis pas venu pour attaquer qui que ce soit, je veux que l’élection présidentielle et la campagne, chacun propose ses idées et les Français choisiront.


Arlette CHABOT

Mais le changement c’est elle ou ce n’est pas elle ?


Nicolas SARKOZY

Ce qu’ils choisiront sera bien. Je veux simplement dire une chose, moi je pense qu’on peut rassembler une partie des électeurs de gauche qui se sont engagés à gauche parce qu’ils croient dans le mouvement. Aujourd'hui le parti Socialiste c’est l’immobilisme, qu’est-ce qu’il propose ? Ne rien changer. Qu’est-ce qu’il propose ? La frilosité. Qu’est-ce qu’il propose ? Ne rien dire. Je pense que la France mérite autre chose. Mais après tout moi je ne suis pas là pour dire du mal de qui que ce soit, que chacun présente ses idées et débatte. Ca a été un grand malheur pour la France qu’il n’y ait pas un vrai débat en 2002 parce que LE PEN présent au deuxième tour, ce n’était pas un vrai débat. Il faut se servir de la campagne présidentielle pour que les grandes questions, est-ce qu’on peut avoir le plein emploi en France ? Est-ce qu’on peut avoir une meilleure politique de l’éducation ? Est-ce que chacun peut être propriétaire de son logement ? Est-ce qu’on peut augmenter les salaires ? Est-ce qu’on peut donner davantage de pouvoir d’achat ? Ce sont des grandes questions.


Arlette CHABOT

On va y répondre.


Nicolas SARKOZY

Eh bien l’élection présidentielle permettra à chacun de dire ce qu’il veut, ce qu’il pense, ce qu’il propose et les Français choisiront.


Arlette CHABOT

Quand on voit un peu, le démarrage assez fort de Ségolène ROYAL, vous vous dites c’est plus facile d’être challenger aujourd'hui, avant j’étais le favori, maintenant je suis le challenger, c’est plus facile ?


Nicolas SARKOZY

Mais non, je ne me dis pas ça vous savez, je pense que monsieur STRAUSS-KAHN, monsieur FABIUS, madame ROYAL sont des personnes respectables et quel qu’ait été le candidat de la gauche, c’est forcément difficile.


Arlette CHABOT

Et Ségolène ROYAL, c’est plus difficile parce qu’on se dit, oh là là, face à une femme, c’est compliqué de débattre, si on l’attaque, on fait vite macho.

Nicolas SARKOZY

Mais qu’est-ce que vous avez avec cette histoire de femme, ne réduisez pas Ségolène ROYAL à ce…

Arlette CHABOT

Non, elle en parle beaucoup.

Nicolas SARKOZY

Ne réduisez pas Ségolène ROYAL à son seul statut de femme, elle vaut mieux que cela.

Arlette CHABOT

Alors on regarde justement une enquête qui a été publiée par l’EXPRESS il y a quelques jours. Voilà qualité comparée, Nicolas SARKOZY, Ségolène ROYAL. Alors on voit que vous avez plus d’autorité, que vous êtes davantage capable aux yeux des personnes interrogées de faire face à une crise internationale, que vous êtes plus compétent. Et hop quand on regarde les points forts selon cette enquête de Ségolène ROYAL, on s’aperçoit eh bien qu’elle, on lui fait davantage confiance parce qu’elle paraît plus sympathique, plus moderne, et troisième qualité plus honnête. Plus sympathique, c’est peut-être aussi un peu plus rassurant, est-ce que ce n’est pas l’échec du ministre de l’Intérieur, de moins rassurer. Alors vous auriez pu être l’homme qui rassure, qui protège, c’est pas un échec ça ?

Nicolas SARKOZY

C’est bien, vous trouvez donc que je n’en ai pas assez fait.

Arlette CHABOT

Non, c’est une question, ce n’est pas un échec, vous ne pensez pas, vous pourriez être l’homme qui rassure, Nicolas SARKOZY, c’est le ministre…

Nicolas SARKOZY

Madame CHABOT, vous m’interrogez sur un sondage d’images, ce n’est pas à moi de commenter l’idée que se font les Français de la personnalité de madame ROYAL ou de la mienne. Je ne suis pas narcissique à ce point. Moi, je viens avec un projet pour résoudre les questions que se posent les Français, sur l’immigration, sur la sécurité, sur le pouvoir d’achat. Je pense que c’est plus intéressant que les questions d’images.

Arlette CHABOT

Quand même vous ne trouvez pas qu’elle a un peu pris les mêmes chemins que vous, qu’elle joue un peu les rebelles au PS, c'est-à-dire que vous, vous n’avez jamais eu peur d’employer des mots qui peuvent fâcher ou choquer. Vous n’avez pas peur de mettre en avant des idées que certains dans votre parti condamnent. Elle, elle fait un peu la même chose sur un certain nombre de points, est-ce qu’il n’y a pas des cheminements un peu parallèles quand même ?

Nicolas SARKOZY

Mais sans doute, et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si elle a gagné la compétition interne au parti Socialiste, et ce n’est peut-être pas un hasard si j’ai gagné interne à l’UMP, je n’étais pas prévu pour être le président de cette formation. Je pense profondément que les Français ont besoin d’une façon différente de faire de la politique. J’ai d’ailleurs dit à mes amis, que je veux les rassembler tous, respecter leurs différences, mais je veux qu’ils respectent aussi le fait que je sois différent. Je veux dire les choses telles qu’elles se posent, je n’ai pas la vision d’un débat politique que les Français ne pourraient pas comprendre. Je ne pense pas qu’il faut masquer la vérité aux Français, je pense que les Français sont tellement lucides, qu’ils savent parfaitement qu’il y a des choses qu’on doit faire, et que quand les hommes politiques leurs disent que c’est pas urgent, c’est qu’ils mentent. Et moi je ne veux pas mentir Arlette CHABOT.

Arlette CHABOT

Deux choses importantes, on disait tout à l’heure, elle paraît sympathique, c’est vrai que de temps en temps, on dit et même souvent en ce moment, Nicolas SARKOZY, il est tendu, il est nerveux, il nous fait un peu peur. Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

Nicolas SARKOZY

Arlette CHABOT, je connais suffisamment la vie politique pour savoir que tout ceci n’a pas beaucoup d’importance.

Arlette CHABOT

Ca joue quand même.

Nicolas SARKOZY

Arlette CHABOT, depuis quatre ans et demi je suis en charge de la sécurité des Français, cette année, j’ai été 11 fois accompagner un gendarme à sa dernière demeure, devant sa famille et devant ses enfants orphelins, le fait que je n’ai pas un sourire béat devant le cercueil que je décore, en tenant par la main les enfants de la personne décédée parce qu’il est au service de l’Etat, c’est peut-être une chose importante, mais permettez-moi de dire que tout cela ne compte pas par rapport à ce que va révéler la campagne, du projet des candidats et de la personnalité des candidats.

Arlette CHABOT

Est-ce que vous savez dire de temps en temps, je me suis trompé et est-ce que vous doutez ?

Nicolas SARKOZY

Vous savez il n’y a pas un jour où je ne réfléchis pas et où je ne doute pas et où je n’hésite pas, mais je dirige un ministère qui compte un demi million de fonctionnaires dont la moitié sont armés, est-ce que vous croyez qu’on peut garantir la sécurité des Français, définir une nouvelle politique d’immigration en disant aux Français, excusez-moi, donnez-moi un peu de temps je doute. Je doute avant de prendre une décision, je réfléchis, je m’entoure de tous les conseils, j’essaie d’écouter mais depuis quatre ans et demi j’agis, je ne peux pas me permettre de dire Français, dites-moi ce que je dois faire ?

Arlette CHABOT

Mais on a envie d’avoir en face de nous, maintenant on a un candidat à l’élection présidentielle, on n’a plus le ministre de l’Intérieur, est-ce qu’au fond le problème, ce n’est pas ça, c'est-à-dire qu’il faut quitter le ministère pour qu’on ait devant nous le candidat et qu’il puisse être lui-même. C’est-à-dire en gros simplement vous allez partir quand ? Voilà quand quittez-vous le ministère de l’Intérieur ?

Nicolas SARKOZY

Mais vous savez si vous essayez de me faire dire que je suis un homme comme les autres, qui aime et qui souffre, qui a eu des problèmes et des difficultés, qui a du affronter des épreuves, chacun le sait, mais est-ce que vous croyez que dans le quotidien des Français qui n’est pas toujours facile, ils attendent de moi que je vienne à la télévision pour leur dire, écoutez comme je suis sympathique, regardez toutes les difficultés que j’ai du surmonter dans ma vie, un peu de pudeur ne messied pas dans le débat public. Alors la question de la date de mon départ, c’est une question difficile pour moi, pourquoi ? J’ai pris un engagement devant les Français lorsque je suis revenu au gouvernement de la France en mai 2005. J’ai pris l’engagement d’être le garant de leur sécurité, je me dois de conduire cette mission jusqu’à la dernière minute, mais en même temps, il y a une élection présidentielle, je suis candidat à l’élection présidentielle et je ne veux pas de mélange des genres, donc en tout état de cause je ne serais pas ministre au moment de l’élection. Je quitterais donc ma responsabilité de ministre de l’Intérieur si ma famille politique me fait confiance avant l’élection, on verra le moment exact de la date.

Arlette CHABOT

C’est-à-dire dès que vous aurez eu l’investiture de votre parti, vous pourrez dire voilà, je suis bien candidat.

Nicolas SARKOZY

On verra le moment exact de la date, mais je veux dire aux Français qu’en m’imposant cette règle, je suis le premier à le faire. Tous les responsables socialistes qui me pressent de démissionner, que n’ont-ils demandé à Lionel JOSPIN lorsqu’il était candidat et Premier ministre de le faire. Jacques CHIRAC était candidat et président de la République, Valérie GISCARD D’ESTAING en son temps était candidat et ministre des Finances, Edouard BALLADUR a été candidat et Premier ministre, je serais donc le premier à m’imposer cette règle parce que je la considère comme normale, c’est celle d’être honnête vis à vis des Français. Donc je ferais mon travail le plus longtemps qu’il sera possible et je quitterais cette responsabilité au moment où la campagne rendra impossible l’exercice de la responsabilité de ministre de l’Intérieur.

Arlette CHABOT

C’est-à-dire un peu avant la campagne officielle, par exemple. Vous ne répondrez pas à la question, je le sens bien.

Nicolas SARKOZY

Je crois avoir été assez précis quand même.

Arlette CHABOT

Alors les primaires au parti Socialiste ont donné un peu d’inspiration à l’UMP, alors on a l’impression que vous avez organisé des primaires, il y aura trois…, même des débats, on va vous voir entre Michèle ALLIOT-MARIE, Christine BOUTIN si elle est candidate, Nicolas DUPONT-AIGNAN, ça va ressembler à ça à l’UMP ?

Nicolas SARKOZY

D’abord je ne pense pas qu’on ait été inspiré puisque moi même j’ai été élu par les militants, si les adhérents de ma famille n’avaient pas voulu que ce soit moi le président, je n’aurais pas été le président. Si j’avais du passer par le bureau habituel du conseiller qui désignait les présidents, je ne suis pas sûr que c’est moi qui serais de la boite. J’ai pu être élu parce que les gens ont voulu que je le sois. Si Michèle ALLIOT-MARIE est candidate, ce sera très bien pour la démocratie interne, c’est une personne de très grande qualité.

Arlette CHABOT

Vous le souhaitez ou vous vous dites, je ferais avec ?

Nicolas SARKOZY

Je la respecte suffisamment pour ne lui donner aucun conseil. Si Christine BOUTIN veut l’être, si Nicolas DUPONT-AIGNAn voulait l’être, si Jean-Louis BORLOO, bref, la nouvelle vie de l’UMP, c’est une vie de débats et de démocratie et j’ai d’ailleurs dit à tous ceux qui se reconnaissent dans nos idées qu’ils nous rejoignent et c’est eux qui choisiront le candidat. Je crois qu’on ne peut plus diriger une formation politique en 2006 comme on le faisait il y a 20 ou il y a 30 ans.

Arlette CHABOT

Vous êtes convertis au débat ?

Nicolas SARKOZY

Je suis pour la concurrence, je suis pour la démocratie, je suis pour les débats, et je ne vois pas comment je pourrais dire à ma famille politique, j’ai une ambition pour la France et contester aux autres d’avoir la même ambition, ce ne serait pas normal, ça ne serait pas honnête.

Arlette CHABOT

Est-ce que vous saurez être rassembleur, c'est-à-dire si demain après la bataille interne, vous saurez tendre la main, je ne sais pas, justement à Michèle ALLIOT-MARIE ou à Jean-Louis BORLOO, s’ils ne sont pas candidats, ou s’ils n’ont pas emporté l’élection. Est-ce que vous serez un rassembleur ?

Nicolas SARKOZY

Mais la question ne se pose même pas, c’est mon devoir et qu’est-ce que ça veut dire être rassembleur, ça veut dire être assez fort pour faire venir de nouveaux talents à la tête d’une formation politique. Le temps où seul le président de la formation politique qui existait, c’est un temps qui est révolu, dans ma responsabilité, il y a l’émergence d’une nouvelle génération, et il y a la possibilité pour chacun de s’exprimer, qu’est-ce que ça veut dire sinon, être président d’une famille politique ? D’ailleurs si j’en crois les sondages dont vous parlez peut-être que cette qualité de rassemblement se fait autour de ma candidature de temps en temps.

Arlette CHABOT

Il y a une candidate dont on a parlé tout à l’heure qui dit il y en a assez des politiques qui assènent sur la tête des autres ce qu’il faut penser, ce qu’il faut dire et ce qu’il faut faire, il vaut mieux écouter, vous êtes pour la démocratie participative ?

Nicolas SARKOZY

Je pense que le temps de l’écoute c’est bien, mais vous savez sur le bureau du président de la République, il y aura le dossier iranien, il y aura la question de la sécurité de l’Etat d’Israël inégociable, celle de la patrie pour les Palestiniens, il y aura la question du Darfour où se prépare un véritable génocide, il y aura la question de la relance du processus européen, est-ce que vous pensez vraiment qu’un président de la République peut se contenter de dire aux Français, je vous écoute, qu’est-ce qu’on fait ? Ou est-ce que vous ne croyez pas qu’il doit avoir une idée précise de comment on évite que l’Iran se dote de la puissance nucléaire, comment on évite que le conflit entre Palestiniens et Israéliens dégénèrent ?

Arlette CHABOT

Elle est au Liban ce soir.

Nicolas SARKOZY

Est-ce que vous ne croyez pas que le rôle d’un homme politique, c’est le dialogue et pas seulement l’écoute passive. Le dialogue c’est quoi par rapport à l’écoute. L’écoute, ça veut dire je m’assieds dans un fauteuil et j’écoute et je prends note de ce que vous avez à me dire, le dialogue c’est vous me dites votre vérité, je vous dis la mienne et on essaie de trouver un compromis, je préfère le mot dialogue au simple mot écoute passif.

Arlette CHABOT

Oui, on pourrait dire que c’est du populisme même.

Nicolas SARKOZY

Non, je n’aime pas ça parce que ce ne serait pas respectueux à l’endroit de madame ROYAL de dire cela. Je ne comprends pas d’ailleurs cette accusation de populiste lorsqu’elle a proposé un jury populaire. Je ne suis pas d’accord avec cette proposition, mais pourquoi la caricaturer en disant que c’est populiste, ça n’a pas de sens, les responsables politiques ont le droit, je dirais même le devoir d’avoir des idées différentes. Et je n’aime pas les tenants de cette pensée unique, dès qu’il y a une idée différente, il faut la démolir en disant qu’elle est populiste. Non, chacun défend ses idées et je ne dirais pas cela.

Arlette CHABOT

Alors exemple de position que vous pouvez nous donner ce soir sur la Turquie. On sait que la Commission européenne a proposé qu’on suspende les discussions et les négociations…

Nicolas SARKOZY

Je demande la suspension des négociations avec la Turquie pour une raison très simple.

Arlette CHABOT

Toutes les discussions, c'est-à-dire là pour l’instant, je voulais préciser c’est sur cinq chapitres sur 35, ou 8 sur 35 qui sont liés à l’union douanière… vous vous dites il faut stopper les négociations…

Nicolas SARKOZY

Madame CHABOT, la Turquie n’applique pas le protocole d’Ankara. La Turquie n’accepte pas que des avions venant de Chypre se posent sur ses aéroports ou que des bateaux venant de Chypre rentrent dans ses ports. Chypre est un des 25 Etats de l’Union européenne, comment peut-on discuter de l’adhésion éventuelle d’un pays qui ne reconnaît pas l’Europe des 25, et qui décide unilatéralement que l’Europe, ce n’est pas 25 pays, c’est 24. Ce n’est pas négociable et ce n’est pas acceptable. J’ajoute que la Turquie étant en Asie mineure, elle n’est pas en Europe, la place de la Turquie n’est pas à l’intérieur de l’Union européenne même si l’Union européenne doit définir des relations privilégiées avec la Turquie. Faisons avec elle un marché commun économique mais n’intégrons pas la Turquie parce que l’Europe, pardon de le rappeler, c’est fait pour les Etats européens.

Arlette CHABOT

Et vous aimeriez que votre adversaire principal prenne une position aussi claire sur un sujet aussi important ?

Nicolas SARKOZY

Je n’aime pas le mot adversaire, j’aimerais simplement…

Arlette CHABOT

Concurrente.

Nicolas SARKOZY

… que sur ce sujet comme sur d’autres, madame ROYAL nous dise ce qu’elle pense car je suis persuadé qu’elle pense quelque chose.

Arlette CHABOT

Alors vous allez évoquer devant nous votre programme détaillé, vous nous avez dit, je dis la vérité, tout ce que vous allez annoncer ce soir, vous vous engagez à respecter ces engagements et à tenir ces promesses si vous êtes élu président ?

Nicolas SARKOZY

Madame CHABOT, si vous me permettez, je n’ai pas l’arrogance de dire que je dis la vérité, je dis ce que je pense, ce n’est pas pour ça que c’est la vérité.

Arlette CHABOT

Votre vérité.

Nicolas SARKOZY

Ma vérité ou mon authenticité. Et je voudrais faire un véritable pacte avec les Français, tout leur dire et tout ce que je dirais je le ferais s’ils me font confiance. C’est absolument capital, c’est peut-être ce qu’il y a de plus important, que de nouveau les Français croient dans la parole de ceux qui veulent les représenter. Et quand je dis que tout peut devenir possible pour chacun d’eux, notamment ceux qui ont le plus soufferts, je le crois profondément. Et peut-être même que ma vie, ce que j’en ai fait dans mon travail eh bien peut-être que d’autres qui se pensent en bas de l’échelle sociale peuvent réaliser que la promotion sociale ce n’est pas le rêve du voisin, ça peut être le rêve pour lui-même ou pour ses enfants.

Arlette CHABOT

C’est-à-dire que vous êtes en train de nous dire que rien ne vous a été donné, vous avez tout arraché ? Tout gagné petit à petit dans votre vie ?

Nicolas SARKOZY

J’ai eu une vie très heureuse, mais rien ne m’a été donné, pour une raison simple, c’est que je n’ai rien demandé madame CHABOT.

Arlette CHABOT

Alors on va revenir sur un premier sujet, que vous connaissez bien, c’est celui de la sécurité avec une question. Est-ce que justement le bilan du ministre de l’Intérieur va aider le candidat Nicolas SARKOZY et d’abord je vous propose de regarder, c’est des scènes qu’on enregistrait les équipes de reportages de FRANCE 2 ce week-end, ces scènes, choses vues en banlieues, notamment dans la région parisienne et qu’a rassemblé Jérôme SOULARD.

Jérôme SOULARD

C’est un bus du bout de la nuit dans la banlieue Nord parisienne, ici une rame de RER, qui file vers le 93, à Tremblay, Grigny ou Créteil, nous avons voyagé à la rencontre des habitants des cités, sept millions de personnes autour de Paris, autant d’histoires, de points de vue, paroles de banlieusards.

Intervenante

Il y a les bandes organisées, il y a du vol, des rackets.

Journaliste

Vous l’avez vécu ça ?

Intervenante

Moi, oui, ça m’est arrivée, je suis jeune, ça m’est arrivée. A 16 ans, je suis tombée sur 10 garçons qui m’ont agressé, et ils m’ont dépouillé.

Jérôme SOULARD

A Tremblay en France un bus a été incendié il y a un mois, comme l’an passé, c’était la ligne 15. Madjid roule depuis 3 ans, son bus est régulièrement caillassé, il s’est pourtant fait une raison.

Madjid OUIBRAHIM

Il ne faut pas croire tous les gens ne sont pas déments, la majorité sont formidables, ils demandent qu’à s’en sortir. Il ne faut pas croire, il y a une petite poignée de merdeux qui empoisonnent la vie à tout le monde, de tout le monde, la majorité, c’est des gens formidables.

Intervenante

On a un peu peur quand même.

Journaliste

Pourtant là tout se passe bien par exemple.

Intervenante

Oui, là maintenant ça va, mais quand il y a eu les petits problèmes.

Journaliste

Comment ça se fait que les gens, ils aient peur de prendre le bus après 22h00 ?

Adolescent

Parce qu’ils ont des à priori.

Adolescent

Parce qu’ils ont des préjugés comme on dit.

Adolescent

Parce qu’ils croient qu’il y a de la racaille dans le bus, et c’est pas vrai.

Jérôme SOULARD

Plus au Sud voici Créteil, il y a deux jours une bagarre opposait des gamins de deux collèges rivaux, la police craint des affrontements. Les jeunes qui se rassemblent sont ce soir la priorité des fonctionnaires de la BAC, ici trois adolescents courent sur le trottoir. Ils sont interceptés, rapidement menottés.

Policier

Tu jouais au foot, c’est pour ça que tu cours quand tu nous vois, c’est moi qui te fais peur ? Je n’ai pas l’habitude d’arrêter les gens qui jouent au foot. On va les ramener au poste en vérif.

Jérôme SOULARD

Le plus jeune a oublié ses papiers, les trois garçons sont embarqués, trois heures au commissariat avant d’être relâchés. Leur soirée est foutue et ce n’est pas la première fois que cela arrive.

Adolescent

On a couru pourquoi, pour éviter cette situation là. Si on n’avait pas couru, on n’aurait fini là quand même. Je vous promets, c’est sûr à 100 %. On va dire 97 %.

Jérôme SOULARD

Les arrestations et contrôles incessants de la police, c’est aussi le quotidien de la Grande borne, peu d’agressions ici mais toujours ce sentiment d’insécurité bien présent.

Intervenante

On rentre très tard, c’est stressant parce que ça fait quand même peur de voir les jeunes dans la rue, tard dans la rue, donc je me dis que j’ai peur peut-être de me faire violer, sinon tout se passe bien. Je m’arrange à ne pas rentrer tard dans la nuit, parce qu’il faut dire que je me protège aussi.

Jérôme SOULARD

Retour dans le train parisien, le dernier RER vers Aulnay-sous-Bois, comme tous les vendredis soirs, Evelyne rentre du théâtre.

Evelyne

J’utilise le RER, j’utilise également des bus et ça s’est toujours bien passé. Je n’ai pas de souci, je n’ai pas peur, ça se passe très bien.

Jérôme SOULARD

A Tremblay en France Dominique elle, assure le dernier bus de la nuit, un travail éprouvant surtout pour une femme.

Dominique BARROIS, conductrice de bus

Tous les jours on est agressé verbalement.

Journaliste

C’est quoi ces agressions madame ?

Dominique BARROIS

Comment dire, c’est des petits mots pas gentils, grosse salope, je n’ose pas trop dire, c’est vrai que c’est des mots pas sympas.

Journaliste

Comment on le vit ça ?

Dominique BARROIS

Mal, il y a des moments, je suis une grosse vache aussi, ça arrive aussi, donc je me suis vue une fois rentrer au dépôt parce que bon ça avait fait déborder le vase.

Jérôme SOULARD

Dans ces cités de la banlieue parisienne, la délinquance n’est pas une règle, elle reste une exception, un fait divers possible que chacun cherche à éviter, paroles de banlieusards.

Arlette CHABOT

Voilà alors dans un instant vous allez être interrogé Nicolas SARKOZY par Serge RAFFY, du NOUVEL OBSERVATEUR, mais d’abord je voudrais qu’on retourne voir Dominique BARROIS, on l’a aperçu tout à l’heure dans le reportage. Dominique effectivement conduit un bus dans la région parisienne, c’est dur, on l’a compris.

Dominique BARROIS

Très dur, mais bon on fait avec, il faut bien travailler.

Arlette CHABOT

Oui, mais vous conduisez un bus depuis combien de temps ?

Dominique BARROIS

Depuis 5 ans. Ca fait 5 ans que je travaille et dans la banlieue c’est très dur c’est vrai.

Arlette CHABOT

C’est très dur, vous pensez à quoi, vous avez peur quand vous montez dans votre bus le soir ?

Dominique BARROIS

Déjà dès le matin, dès qu’on arrive, c’est vrai que ce n’est pas évident. Et on a toujours l’appréhension de voir arriver n’importe qui au bout de la rue, on ne sait pas. On ne sait pas qui est-ce qu’on rencontre et…

Arlette CHABOT

Qu’est-ce que c’est le type d’incident qui peut arriver, qui ne se passe pas forcément mal d’ailleurs mais qui peut un peu sérieusement faire peut à tous ceux qui sont dans le bus ?

Dominique BARROIS

Hier justement j’ai eu un petit incident, voilà je suis arrivée à un feu rouge, donc on s’arrête au feu rouge et j’avais un arrêt de bus juste après et j’ai vu arriver un groupe de jeunes, ils avaient quoi, 12, 13 ans, ils étaient une dizaine et ils sont arrivés vers le bus, et par rapport, je veux au feu rouge, il y avait des grilles. Et il y en a quelques-uns qui sont passés en le bus et la grille et d’autres de l’autre côté. Il y en a un qui a fait le guet à l’arrière et il y en a un qui s’est mis devant, mais l’autre devant il s’est poussé, et quand le feu s’est mis au vert j’ai avancé parce que j’ai eu peur. J’ai eu très peur, manque de pot j’avais des gens qui descendaient à l’arrêt d’après donc j’ai vite fait d’aller à mon arrêt et les jeunes se sont mis à courir après le bus. J’ai fait descendre les gens en vitesse, j’ai refermé le bus et je suis partie. Je ne sais pas ce qui aurait pu arriver et dans le reportage, on me voit justement, j’ai eu deux collègues qui se sont fait agresser cette soirée là et ils se sont fait gazer. FIN PREMIERE PARTIE

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