
Interview de Frédéric Lefebvre, Porte Parole de l'UMP
Parue dans le Figaro, le 1er septembre
Propos recueillis par Judith Waintraub
Pour Frédéric Lefebvre, «plus le RSA fonctionnera et réinsérera des exclus, plus il fera faire d'économies à la collectivité». Pour le porte-parole de l'UMP, l'objectif de baisse des prélèvements n'est pas remis en cause.
LE FIGARO. - Que répondez-vous au sénateur UMP Philippe Marini qui qualifie le financement du RSA de «péché contre la cohérence» ?
Frédéric LEFEBVRE. - Le péché contre la cohérence était de laisser depuis tant d'années les exclus dans l'assistanat, sans rien faire. Nicolas Sarkozy a pris devant les Français l'engagement de réhabiliter le travail. C'est ce que nous faisons en incitant les gens qui vivent dans l'assistanat à retrouver la dignité que donne le travail. Ils gagneront plus s'ils travaillent ! Pendant la campagne, nous avions aussi promis de mieux traiter le travail, dans un pays où l'on a toujours privilégié le capital. Avec le dispositif RSA, nous rééquilibrons le rapport entre les deux.
En contradiction avec la promesse du candidat Sarkozy de baisser les impôts…
En matière de prélèvements obligatoires, l'engagement est très clair : nous voulons les baisser. Ce mouvement a été entamé l'année dernière avec une baisse de 0,6 %. Quand on additionne les 12,5 milliards d'allégements de la loi Tepa, les 3 milliards de réduction d'impôt sur les sociétés pour les entreprises qui vont recourir au crédit d'impôt-recherche et le milliard de la suppression progressive de l'impôt forfaitaire annuel sur les sociétés, on a d'ores et déjà 16 milliards de réductions d'impôts. À côté du 1,5 milliard prélevé pour le RSA, on voit bien que la baisse des prélèvements obligatoires au bout du quinquennat n'est pas remise en cause. Cela ne veut évidemment pas dire que nous nous interdisons de toucher aux impôts ! Pour rééquilibrer le système, il faut en baisser certains et en augmenter d'autres. C'est le seul moyen de réformer en atteignant l'objectif de plus de justice sociale.
Au risque de réduire le pouvoir d'achat des classes moyennes ?
D'après les chiffres de l'Insee, il y a eu ces cinq dernières années une hausse de 5 % du pouvoir d'achat, en chiffres corrigés de l'inflation. Pourtant, au cours de cette période, les Français ont eu le sentiment qu'il reculait. Pourquoi ? Parce que deux catégories et deux seulement ont bénéficié de son augmentation : d'environ plus 15 % pour les smicards, grâce à l'indexation du smic et à son unification, et de près de 20 % pour les bénéficiaires de revenus financiers et du patrimoine. C'est une question de justice sociale que les revenus du patrimoine participent à la solidarité nationale au lieu d'alourdir encore les impôts des classes moyennes qui travaillent.
Cette taxe nouvelle doit-elle être transitoire, comme le demande Bernard Accoyer ?
Plus le RSA fonctionnera et réinsérera des exclus, plus il fera faire d'économies à la collectivité. Pour le reste, soyons conscients que le surcoût sera de 60 à 80 euros par an pour 100 000 euros de capital placés en assurance-vie, que près des trois quarts des Français qui contribueront paieront moins de 20 euros par an alors que la taxe procurera 110 euros par mois à ceux qui sortent de l'exclusion. Je demande aux trop nombreuses voix qui ont caricaturé la décision de Nicolas Sarkozy, dans le patronat et dans le monde politique, de ne pas être les porte-parole d'un égoïsme à courte vue.



